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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404369

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404369

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantWERBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A, représenté par Me Werba, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou à défaut " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de condamner l'État à lui verser directement cette même somme ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation quant au caractère sérieux de ses études ; contrairement à ce qu'indique la décision il a validé un MBA et non uniquement le deuxième semestre au titre de l'année universitaire 2021/2022 ; il s'est inscrit ensuite en master 2, de sorte qu'il ne peut être retenu que son parcours manque de progression ; sa progression est d'autant plus remarquable qu'il souffre de troubles psychiatriques ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis quatre ans, a noué de solides amitiés dans le cadre de son parcours académique et est proche de son frère qui réside régulièrement sur le territoire national ;

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations en défense

La clôture d'instruction est intervenue dans les conditions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour la préfète de l'Essonne a été enregistré le 8 octobre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Werba, représentant M. A

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1997, est entré en France le 13 décembre 2020 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " et a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention, valable jusqu'au 16 décembre 2023, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 26 avril 2024, la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. " Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier, qu'après avoir obtenu une licence professionnelle mention " management bancaire et financier " au Maroc en 2018, M. A, âgé de 26 ans à la date de la décision attaquée, est entré en France en 2020 et s'est inscrit en 1ère année de master " Business Développement et Management commercial " au sein de W. S'il est constant qu'il n'a pas validé cette formation, il ressort de pièces du dossier qu'il s'est inscrit, au titre de la même année universitaire en MBA " Développement d'Affaires Internationales " au sein de B, formation d'une durée de deux ans, dont il a validé la première année, qui correspond à une quatrième année de cycle universitaire. Si l'intéressé ne justifie pas avoir suivi une formation au titre de l'année universitaire 2022-2023, il ressort des pièces du dossier que cette situation n'est pas tant liée à un manque de sérieux dans le suivi de ses études qu'à sa situation de santé, M. A ayant été hospitalisé du 3 octobre 2022 au 15 novembre 2022 pour Il produit par ailleurs la preuve d'une inscription pour l'année scolaire 2024-2025 en Mastère " Management, Achat Supply Chain - 5ème année " au sein de ., qui n'est pas incohérente avec son parcours antérieur et alors que ce niveau de formation marque une progression dans ses études. Dans ces conditions, la décision de la préfète de l'Essonne refusant de renouveler le titre de séjour de M. A au motif du manque de progression dans ses études est entachée d'une erreur d'appréciation et doit pour ce motif être annulée.

5. Par voie de conséquence, il y a lieu également d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le sens du présent jugement implique, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Werba, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Werba de la somme de 1 000 euros au titre des frais de l'instance. Dans le cas où le bureau d'aide juridictionnelle n'admettrait pas M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, la somme de 1 000 euros sera versée directement à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de l'Essonne du 26 avril 2024 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Werba, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Werba renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bureau d'aide juridictionnelle n'admettrait pas M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, la somme de 1 000 euros sera versée directement à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la préfète de l'Essonne et à Me Werba.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le rapporteur,

B. Maitre

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

I. de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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