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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404380

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404380

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMENGELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Mengelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Mengelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision refusant de lui accorder un titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2024.

Un mémoire, produit par la préfète de l'Essonne, a été enregistré le 8 octobre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1994, a déclaré être entré en France le 5 février 2019, et a obtenu un titre de séjour en raison de son état de santé valable jusqu'au 12 avril 2023. Par un arrêté du 3 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. M. B établit souffrir d'une sclérose en plaques, pathologie pour laquelle il bénéficie de soins réguliers sur le territoire français. Pour refuser de lui délivrer le titre sollicité, le préfet de l'Essonne a considéré, à la suite de l'avis émis le 25 août 2023 par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, et que le défaut de traitement peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant conteste ce dernier point en expliquant que les traitements disponibles au Maroc sont onéreux et, pour cette raison, difficilement accessibles. Il produit d'une part, afin d'étayer ses allégations, une attestation médicale du 9 novembre 2020 par laquelle son médecin indique, de manière générale, que son traitement est " difficile à obtenir dans son pays natal " et transmet d'autre part son compte-rendu d'hospitalisation, en septembre 2019, qui indique qu'il n'avait pas reçu certains produits à l'époque, au motif qu'il ne disposait pas des moyens financiers. Enfin, le requérant se prévaut d'un article de presse, du 23 juin 2022, au sein duquel un médecin indique que : " les traitements de fond sont chers, surtout pour les patients dépourvus de couverture sociale et médicale. Les personnes issues des milieux défavorisés auront donc une prise en charge médicamenteuse défectueuse ". Toutefois, ces documents d'ordre général et parfois anciens ne suffisent pas à démontrer que le requérant ne pourrait disposer d'un traitement adéquat dans son pays d'origine, d'autant plus que l'article de presse précité conclut en indiquant que : " le projet national récent de la généralisation de la sécurité sociale aura surement un impact positif quant à l'amélioration de la prise en charge de la SEP [sclérose en plaques] ". Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour serait entachée d'une erreur d'appréciation.

4. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, de cinq années, et démontre avoir participé à des ateliers socio linguistiques. Toutefois, il n'établit pas avoir tissé des liens particulièrement stables et intenses en France, où il n'exerce aucune activité professionnelle, alors même qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent notamment ses parents, et où lui-même a vécu jusqu'à ses 23 ans.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024 du préfet de l'Essonne.

7. Dès lors, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 911-1 ainsi que celles présentées sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mengelle et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

signé

I.de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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