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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404384

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404384

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPANARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mai et 24 juin 2024, Mme A D, représentée par Me Panarelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations préalablement à son édiction ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il ne lui a pas été demandé de compléter son dossier médical ;

- méconnait les articles 5 et 6.4 de la directive 2008/115 pour l'admettre au séjour ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son état de santé et de l'impossibilité d'obtenir des soins dans son pays d'origine ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'a pu émettre des observations ;

- méconnaît les dispositions des articles 5 et 6 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet s'est abstenu de solliciter la communication de document complémentaire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision accordant un délai de départ volontaire de 30 jours :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît les articles 5 et 6.4 de la directive 2008/115 ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'évaluation des circonstances particulières de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait les articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme D par une décision du 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli,

- et les observations de Me Panarelli, pour la requérante.

Une note en délibéré présentée pour Mme D a été enregistrée le 27 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine, a sollicité le 8 septembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 octobre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-01-30-00001 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation de signature à M. B C, directeur des migrations n° 78-2022-195, pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, compte tenu de la transposition dans l'ordre juridique interne de la directive CE 2008/115 susvisée, Mme D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des articles 5 et 6.4 de celle-ci à l'encontre des différentes décisions contestées.

5. En quatrième lieu, il appartenait à la requérante, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'elle jugeait utiles, notamment sur son état de santé. Ainsi, la circonstance qu'elle n'ait pas été invitée à formuler des observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué n'est pas de nature à permettre de la regarder comme ayant été privée de son droit d'être entendue.

6. En cinquième lieu, le motif de la décision attaquée ne reposant pas sur l'incomplétude du dossier d'admission exceptionnelle au séjour déposé par la requérante, elle ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû faire usage des dispositions prévues à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration avant de prendre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaquées. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

8. La requérante n'établit ni même n'allègue résider en France depuis plus de dix ans, ni même avoir demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions mentionnées au point 7 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, Mme D n'ayant pas sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'ayant pas examiné sa demande au regard de ces dispositions, le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant.

10. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, employée en tant qu'agent polyvalent en contrat à durée indéterminée depuis seulement septembre 2021, à temps partiel puis à temps complet depuis avril 2022, est entrée en France pour la dernière fois au cours de l'année 2020 et ne justifie ainsi pas d'une longue durée de résidence en France. Si elle soutient par ailleurs vivre en concubinage, elle n'établit ni même n'allègue que son compagnon serait en situation régulière en France. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant le titre de séjour qu'elle sollicitait.

12. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et alors que Mme D n'a pas déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé et n'établit pas qu'elle nécessite des soins dont elle ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine, la décision par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, celles de l'article 3 de cette même convention.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant au requérant un titre de séjour doit être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 12 du présent jugement, c'est sans entacher sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet des Yvelines a pu prendre à son encontre une mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () "

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D présenterait des circonstances particulières justifiant que lui soit accordé un délai de départ supérieur à trente jours. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés, de même que ceux, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de destination :

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

19. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, en tout état de cause, être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Panarelli et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

signé

N. Ribeiro-Mengoli

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

Sign

B. MaitreLa greffière,

signé

Signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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