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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404418

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404418

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mai 2024 et le 16 juillet 2024, Mme B D, représentée par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par l'autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside en France depuis 2016 avec ses deux enfants mineurs qui sont scolarisés, qu'elle dispose de solides attaches sur le territoire français et qu'elle n'a plus de lien avec son mari resté en Algérie ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle n'a pas été signée par l'autorité compétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure viciée dès lors qu'elle n'a pu bénéficier de son droit à être entendu, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'a pas été signée par l'autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante algérienne, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. A C, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique les motifs pour lesquels le préfet des Yvelines a considéré que l'intéressée ne remplissait pas les conditions légales pour se voir admettre au séjour, et précise par ailleurs sa situation personnelle et familiale. L'arrêté attaqué contient ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions en litige portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de ces décisions doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme D avant de refuser de l'admettre au séjour.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée sur le territoire français au cours de l'année 2016 et s'y maintient depuis lors, en situation irrégulière, avec ses deux enfants mineurs nés respectivement en 2014 et 2016 et scolarisés en école élémentaire. Il est constant que son époux, et père de ses deux enfants, réside en Algérie. Si la requérante indique qu'elle est venue en France dans le but de protéger ses enfants de son mari, il ressort toutefois de l'acte de naissance de son second fils, né en France le 16 octobre 2016, qu'il a été déclaré au service d'état civil par son père, qui indiquait alors résider sur le sol français à la même adresse que la requérante. En tout état de cause, à supposer même que Mme D n'entretiendrait effectivement plus aucun lien avec son époux, cette circonstance ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'elle puisse vivre en Algérie avec ses enfants. Par ailleurs, si la requérante indique qu'elle entretient des liens importants avec plusieurs membres de sa famille résidant régulièrement en France, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante est hébergée dans un hôtel social avec ses enfants depuis 2019 et qu'elle ne peut se prévaloir d'un début d'insertion professionnelle en tant qu'agent de service que depuis la délivrance d'un premier récépissé de titre de séjour en 2022. Par suite, eu égard à la précarité de sa situation en France, à sa faible insertion, à l'absence de liens forts, stables et durables développés sur ce territoire et à l'absence d'obstacle à ce que ses enfants, qui sont encore jeunes et ont la nationalité algérienne, poursuivent leur scolarité en Algérie, c'est sans méconnaître les stipulations citées au point précédent que le préfet des Yvelines a pu refuser d'admettre Mme D au séjour. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté, de même que le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. En troisième lieu, dès lors que rien ne fait obstacle à ce que les enfants mineurs de la requérante la suivent en Algérie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant au requérant un titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait privé Mme D de son droit d'être entendu, notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ains que de l'erreur manifeste d'appréciation, présentés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

13. En deuxième lieu, si Mme D fait valoir que son renvoi en Algérie est susceptible de l'exposer à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bienfondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Namigohar et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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