LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404552

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404552

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 mai 2024 et 6 août 2024, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 avril 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français, à défaut, d'annuler la seule décision portant obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet à titre principal de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et en tout état de cause de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur des décisions en litige n'était pas compétent pour les signer ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier : il n'est pas établi qu'un rapport a été rédigé par un médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et qu'il a été transmis au collège des médecins, que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein dudit collège, que les trois médecins signataires de l'avis du collège des médecins ont été régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII et que le délai de trois mois imparti au collège des médecins pour rendre un avis à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux a été respecté ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen effectif et approfondi de sa situation : le préfet s'est exclusivement fondé sur l'avis du collège des médecins pour prendre sa décision un an après et sa demande n'a pas été examinée au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il en remplit les conditions ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard des avis du collège des médecins de l'OFII et de la commission du titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans le cadre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut pas bénéficier de façon effective des traitements appropriés à son état de santé dans son pays d'origine en raison d'une part de leur indisponibilité et d'autre part de leur coût ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans le cadre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud ;

- et les observations de Me Cabral de Brito représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine, né en 1968, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en juillet 2020. Cette demande a fait l'objet d'une première décision de refus non datée qui a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Versailles du 10 novembre 2021. Sur injonction du tribunal, le préfet a réexaminé la demande de l'intéressé et l'a une nouvelle fois rejetée par un arrêté du 10 janvier 2022. Cette décision a à nouveau été annulée par le tribunal administratif de Versailles par un jugement du 21 avril 2022 qui a également enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 27 octobre 2022. A la suite du réexamen de sa demande, le préfet des Yvelines a refusé de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français par des décisions du 15 avril 2024, dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2024-083 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Victor Devouge, secrétaire général de la préfecture des Yvelines, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, ce moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision attaquée est prise au visa de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile, notamment de son article L. 425-9. Elle fait état de l'ancienneté de la présence en France de M. B et de sa situation familiale et notamment de la présence de membres de sa famille dans son pays d'origine. Par ailleurs, la décision fait état de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 23 janvier 2023, qui n'avait pas à être joint à la décision en litige et des raisons pour lesquelles, après examen de la situation personnelle de l'intéressé, le préfet a refusé le titre de séjour. Par suite, la décision de refus de titre de séjour, qui comporte ainsi, et de manière non stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui le justifient, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a procédé, au vu certes de l'avis du collège des médecins de l'OFII, à une appréciation de la situation du requérant. Si la décision en litige est intervenue plus d'un an après que l'avis a été rendu, le requérant n'établit ni même n'allègue que son état de santé aurait connu une aggravation ou que la disponibilité du traitement qu'il requiert aurait évolué. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le requérant ne peut utilement soutenir que sa demande n'a pas été examinée au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il en remplit les conditions, dès lors qu'il n'établit pas avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège des médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. " Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code, pris dans son premier alinéa : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège des médecins. ". L'article R. 425-13 du code prévoit, en son premier alinéa, que " le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. "

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) adressé au préfet, établi le 23 janvier 2023 par le directeur général de l'Office, que l'avis du collège des médecins de l'OFII, au vu duquel la décision contestée a été prise, a été rendu sur le rapport médical établi le 2 janvier 2023 par un médecin qui n'était pas membre de ce collège. Ce document, ainsi que l'avis du collège des médecins du 23 janvier 2023 signé de ses trois membres, sont de nature à établir que le médecin auteur du rapport médical sur l'état de santé du requérant n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a émis l'avis. Ces trois médecins de l'OFII, qui sont parfaitement identifiés et dont la signature est visible, ont été désignés par une décision du 28 décembre 2023, facilement accessible sur le site internet de l'OFII, pour siéger au collège des médecins à compétence nationale de l'OFII. Enfin, en l'absence d'élément produit par le requérant de nature à établir la date de transmission du certificat médical prévu par les dispositions de l'article R. 425-12 précité, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet avis n'aurait pas été rendu dans un délai de trois mois à compter de cette transmission, le respect de ce délai prévu par l'article R. 313-23 précité n'étant, en tout état de cause, pas prescrit à peine d'irrégularité. En outre, il n'est pas établi que l'état de santé du requérant aurait évolué durant le délai d'instruction de cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de 1'arrêté attaqué que le préfet se serait, à tort, considéré comme lié par les avis du collège des médecins de l'OFII et de la commission du titre de séjour. Le moyen doit donc être écarté.

9.En cinquième lieu, dans son avis du 23 janvier 2023 le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, celui-ci peut y bénéficier d'un traitement approprié. Pour contester cette appréciation que le préfet des Yvelines s'est appropriée, M. B produit des certificats médicaux dont il ressort qu'il souffre tout d'abord d'une hypertension et d'une hypercholestérolémie, d'une insuffisance mitrale de grade 1, faible, d'une dyslipidémie et d'un diabète moyennement équilibré en juillet 2023 mais bien équilibré au 1er août 2024, pour lesquels il bénéficie d'un suivi en milieu hospitalier. Si le certificat médical daté du 1er août 2024 indique que les traitements médicamenteux qui lui sont prescrits ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, l'intéressé ne produit aucune pièce de nature à démontrer que des molécules équivalentes n'y seraient pas disponibles. Par ailleurs, en se bornant à faire état de la situation générale de l'offre de soins pour le diabète au Maroc, il n'apporte pas la preuve de ce qu'il ne pourrait bénéficier de manière effective d'un traitement approprié dans son pays d'origine en l'absence d'éléments précis, objectifs et actualisés de nature à contredire l'appréciation du collège des médecins de l'OFII. Enfin, le requérant, qui au demeurant ne fournit pas de précisions sur ses moyens financiers dans son pays d'origine où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales et n'établit pas que le système de santé marocain ne prévoit pas de prise en charge des malades sans ressources, ne démontre pas qu'ainsi qu'il le soutient, il ne pourrait accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions et sans qu'il soit besoin de demander la communication de l'entier dossier médical de l'intéressé à l'OFII, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10.En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé, qui régit la situation des ressortissants marocains sollicitant la délivrance d'un titre de séjour salarié en lieu et place des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ". De plus, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

11.M. B fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 12 ans et que compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France le centre de ses intérêts privés et familiaux y est établi, son frère présent sur le territoire étant titulaire d'une carte de résident de 10 ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère et quatre des frères et sœurs de l'intéressé résident au Maroc. Par ailleurs, M. B ne démontre pas qu'il exercerait ou aurait exercé de façon stable une activité professionnelle et ne justifie pas davantage d'une insertion particulière dans la société française. Par suite, les circonstances invoquées par le requérant ne suffisent pas à démontrer que le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

12.En septième lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant la décision en litige au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant dès lors que M. B n'a pas présenté sa demande sur ce fondement et que le préfet des Yvelines n'a pas, d'office, examiné son droit à être admis au séjour sur ce même fondement.

13.En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14.Pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 7 et 9, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Eu égard à ce qui précède, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. Compte tenu des éléments mentionnés précédemment, en réponse aux moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation de M. B doivent être écartés.

17. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à un risque en raison de son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

18.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19.Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

20 .Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Perraud

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. MilonLa greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions