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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404584

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404584

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai et 15 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Lalia Mir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La préfète de l'Essonne a produit un mémoire en défense le 3 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué.

L'instruction a été close au 6 août 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les observations de Me Mir, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité congolaise, née en 1989, déclare être entrée en France le 30 juin 2019. Elle a sollicité le 21 février 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 16 août 2023 dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par Mme B, la préfète de l'Essonne a notamment fondé son appréciation sur l'avis émis le 23 mai 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration précisant notamment que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié.

5. Pour contester cette appréciation, la requérante produit des certificats médicaux en date du 22 septembre 2020, 23, 28 février et 27 avril 2023, une attestation de reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé, des ordonnances, attestations et comptes rendus médicaux, dont il ressort qu'elle souffre d'une pathologie ophtalmologique stabilisée nécessitant un suivi régulier ainsi que de troubles psychiatriques. Toutefois, aucun des documents produits ne mentionne les conséquences qu'entrainerait un défaut de prise en charge médicale de l'intéressée ni, à plus forte raison, leur caractère d'exceptionnelle gravité. Par ailleurs, dès lors que la préfète de l'Essonne n'était pas tenue de vérifier la possibilité pour l'intéressée de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine en l'état d'un avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant estimé que le défaut de prise en charge de Mme B ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante, qui ne produit au demeurant aucun élément corroborant ses allégations, ne saurait utilement faire état de l'absence de disponibilité d'un traitement et d'une prise en charge effectifs de ses pathologies en République Démocratique du Congo. Il résulte de ce qui précède que les éléments produits par la requérante ne contredisent pas l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'établissent pas qu'en prenant la décision contestée, la préfète de l'Essonne aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Si Mme B soutient que ses attaches personnelles et familiales sont en France auprès de son conjoint, de leur enfant qui y est scolarisé et qu'elle attend un autre enfant, ces éléments ne sauraient suffire à établir un ancrage ancien et solide de l'intéressée sur le territoire français alors qu'elle y résidait depuis seulement quatre années à la date des décisions attaquées et qu'elle ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que son enfant, qui est très jeune, ne pourrait poursuivre sa scolarité hors de France et que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine, dont son conjoint est également ressortissant et dans lequel vivent sa mère ainsi que ses quatre autres enfants, ou dans un autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Si la requérante fait valoir que l'intérêt de son fils est de rester en France, pays dans lequel il est né et scolarisé, l'enfant est très jeune et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité hors de France ainsi qu'il a été indiqué au point 7. En outre, si la requérante soutient qu'il bénéficie d'un suivi médical auquel il ne pourrait accéder en République Démocratique du Congo, les documents qu'elle verse au dossier, qui attestent du handicap de l'enfant, n'établissent pas toutefois qu'il ne pourra y être pris en charge dans des conditions satisfaisantes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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