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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404800

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404800

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Simon, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocate au bénéfice de la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et procède d'un examen non sérieux de sa situation ; d'une part, le certificat médical qu'elle a transmis à l'appui de sa demande de titre de séjour pour soins n'a pas été reçu par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; en outre, les services de la préfecture n'ont répondu à aucune de ses demandes tendant à la communication d'un nouveau certificat médical ; elle n'a jamais reçu le courrier de relance qui lui aurait été adressé par la préfecture en juin 2022, ni aucun avis de passage concernant ce courrier ; d'autre part, sa vie familiale n'a pas été prise en compte, en particulier la situation de sa fille ; il en va de même de sa situation professionnelle ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur son état de santé ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles contreviennent aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

L'instruction a été close, en dernier lieu, au 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- et les observations de Me Simon, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née en 1977, déclare être entrée en France en février 2019. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour pour soins valable du 5 mars 2021 au 4 mars 2022. Elle a demandé le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 21 novembre 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Il résulte des indications concordantes des parties que l'OFII n'a pas réceptionné le certificat médical établi par le médecin traitant de Mme A, en vue de l'instruction de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le préfet a adressé à Mme A un courrier, daté du 7 juin 2022, l'invitant à transmettre à l'OFII son dossier médical, et que le pli contenant ce courrier, présenté au domicile de Mme A le 10 juin 2022, a été retourné aux services de la préfecture revêtu des mentions " avisé et non réclamé ". Il ressort enfin des pièces du dossier que Mme A a contacté à plusieurs reprises les services de la préfecture afin d'obtenir un nouveau formulaire vierge de certificat médical et qu'il n'a pas été donné suite à cette demande. Il est donc établi que l'OFII, qui n'a d'ailleurs pas émis d'avis sur la situation de Mme A, n'a pas disposé de son dossier médical. Toutefois, ainsi que le soutient à juste titre la requérante, le préfet ne pouvait, sans erreur de droit, estimer, au seul motif que ce certificat médical n'avait pas été transmis à l'OFII, et alors que ce défaut de transmission entachait d'incomplétude le dossier de demande de titre de séjour présenté par Mme A, que celle-ci ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 425 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi, par conséquent, que celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'aucun autre moyen de la requête n'apparaît fondé en l'état du dossier, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet des Yvelines procède à un nouvel examen de la demande de Mme A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à Mme A, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme A ayant été admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, son avocate peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Simon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Simon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à cette dernière en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Simon, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Simon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, cette somme de 1 000 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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