jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MARTIN-PIGEON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juin et 21 juillet 2024, M. B C, alors détenu au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, représenté par Me Lienard-Leandri demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
3°) de mettre à la charge du préfet de l'Essonne la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, ainsi que celle fixant le pays de destination, sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Geismar pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-6 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2024, en présence de Mme Amegee, greffière :
- le rapport de Mme Geismar,
- les observations de Me Lienard-Leandri,
- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue tamoul ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sri-lankais, né le 6 avril 1966 à Punkuduthe (Sri Lanka), s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son titre de séjour, sans en demander le renouvellement. M. C, alors détenu au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, demande l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. C, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocate de permanence désignée par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
4. Il ressort du procès-verbal d'audition du 31 mai 2024 que M. C a été entendu par les services de police sur sa situation personnelle et administrative et a pu présenter ses observations relatives à la perspective d'un éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne doit être écarté.
5. En outre, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la préfète de l'Essonne a procédé à un examen particulier de sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. M. C est entré en France en 2001 et il ressort d'éléments concordants au dossier qu'il a trois enfants sur le territoire. Toutefois, il n'établit pas entretenir des liens intenses avec eux, ni avec leur mère, une compatriote, avec laquelle il a l'interdiction d'entrer en relation en raison de violences conjugales. A cet égard, il a été condamné en 2017 à deux mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours, en récidive, et en 2020 à une peine de 10 mois d'emprisonnement pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin. Puis, en 2024, il a à nouveau été condamné à une peine d'emprisonnement de 12 mois pour les mêmes faits. En outre, il a fait l'objet de plusieurs signalements, notamment en 2015 pour violences conjugales en état d'ivresse, en 2017 pour soustraction au contrôle du service pénitentiaire d'insertion et de probation, en 2023 pour menaces de mort matérialisées par écrit. Ainsi, compte tenu tant de l'absence de liens stables et intenses avérés avec ses enfants, de l'interdiction d'entrer en relation avec leur mère, et des condamnations et signalements présentant un caractère grave et répété, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait l'article 8 précité, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.
9. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le requérant, condamné à trois reprises à des peines d'emprisonnement, constitue une menace pour l'ordre public.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'interdiction de retour en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.
13. La décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle rappelle la durée du séjour en France de l'intéressé, sa situation familiale et sociale. Elle reprend également les signalements et condamnations dont le requérant a fait l'objet, indiquant que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.
14. En outre, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des éléments permettent d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, le préfet a produit le bulletin numéro 2 du casier judiciaire de l'intéressé, ainsi que son procès-verbal d'audition qui confirment les motifs retenus dans la décision litigieuse.
15. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, la décision portant interdiction de retour pour une durée de cinq ans n'est pas, compte tenu des faits réitérés reprochés ayant donné lieu à plusieurs signalements et à trois peines d'emprisonnement, entachée d'une erreur d'appréciation.
16. Pour les mêmes motifs, et à défaut pour le requérant de démontrer l'intensité des liens qu'il aurait noué avec ses enfants, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète de l'Essonne doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. C n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. Geismar La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2405074
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026