mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LANGUEDOC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. B D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de faits dès lors que, contrairement à ce que soutient le préfet, il a entamé des démarches depuis son arrivée en France concourant ou visant la régularisation de son séjour ;
- la décision attaquée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, que son arrestation résulte d'une altercation exceptionnelle avec sa compagne, avec qui il est marié et entretient de bonnes relations, et qu'il œuvre à sa bonne intégration dans la société française.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 15 juillet 2024, des pièces au dossier.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Languedoc, avocate commise d'office, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens qu'elle précise, et fait valoir en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, que l'ensemble des décisions est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la situation personnelle du requérant et que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- les observations de M. D, présent ;
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant camerounais, né le 9 mars 1978, est entré sur le territoire français en 2014, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 mai 2024, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D demande l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, si M. D fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait au motif qu'il a entrepris des démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative, il résulte toutefois des termes de cette décision que le préfet des Yvelines aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les autres motifs de la décision, notamment le danger présenté par le requérant pour l'ordre public, en ce qu'il a été interpellé pour des faits de violences conjugales le 27 mai 2024. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant d'illégalité la décision attaquée, à la supposer établie, ne peut qu'être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). "
4. M. D s'est marié le 7 novembre 2020 à Rambouillet avec Mme E, de nationalité française, et réside avec elle à Rambouillet. De plus, il se prévaut d'une insertion sociale en France, illustrée par son inscription à un club de football pour l'année 2020-2021, un justificatif de bénévolat de 2020, un justificatif d'inscription en cours de français du 13 février 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé et placé en garde-à-vue pour " violence par conjoint avec menace de mort avec arme ", et si M. D déclare que son épouse a retiré sa plainte et que ces faits sont isolés, il ne les conteste pas. De plus, il ne justifie pas de conditions d'existence pérennes ou d'une insertion particulièrement forte dans la société française. En outre, s'il fait valoir que ses frères résidant au Cameroun sont décédés, il ne conteste pas avoir des liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où vit sa fille. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne d sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. D fait valoir à l'appui de ce moyen qu'il craint pour sa vie et sa liberté au Cameroun dès lors qu'il est bisexuel et que toute relation homosexuelle est fortement réprimée dans son pays d'origine. Il produit à l'instance une carte d'adhésion au centre LGBTQI+ de Paris, et une photographie sur laquelle il est à côté d'un homme, et il soutient qu'il a été recherché au Cameroun pour homosexualité. Toutefois, s'il produit une photographie sur laquelle il est indiqué qu'il serait recherché pour homosexualité, et une photographie de ce qui est présenté comme une première page de journal qui ferait apparaître qu'il est recherché pour homosexualité, ces pièces non datées et non lisible pour la deuxième ne permettent pas d'établir la réalité de la menace. Ainsi, ces circonstances ne sauraient suffire à établir qu'il encourrait personnellement, en raison de sa seule orientation sexuelle, des risques de persécutions ou de traitements portant atteinte à sa vie ou à sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les conclusions en annulation de la décision du 27 mai 2024 fixant le pays de destination doivent être rejetées.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2024 fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
10. Pour fonder sa décision de refus de départ volontaire, le préfet des Yvelines a indiqué que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Si le requérant fait valoir qu'il a entamé des démarches pour obtenir un titre de séjour et atteste qu'il a eu un rendez-vous en préfecture le 4 août 2020 et le 28 janvier 2021, il n'établit pas qu'il aurait déposé un dossier complet et que sa demande aurait été instruite. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à M. D un délai de départ volontaire.
11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2024 refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
13. Comme il a été dit au point 4 du présent jugement, M. D est marié depuis le 7 novembre 2020 avec une ressortissante française. De plus, s'il a été interpellé suite au dépôt de plainte de son épouse, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait l'objet de signalements ou condamnations antérieurs. Par suite, en se fondant sur le fait que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière pour lui opposer une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans, le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mai 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 mai 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans est annulée, ainsi que ses effets juridiques comportant le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J-L. A La greffière,
signé
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026