mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin et le 4 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Gabard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-en-Laye s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 078 551 21 Z0079 portant sur une demande de changement de destination de locaux professionnels en locaux d'habitation au premier étage de l'immeuble situé au 35, rue André Bonnenfant à Saint-Germain-en-Laye, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'autorité compétente, de lui délivrer, au moins à titre provisoire, l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable sollicité, ou, à défaut, de réexaminer sa déclaration préalable, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La condition d'urgence est remplie dès lors que
- son projet est empêché depuis plus de trois ans, alors même que la décision contestée fait suite à une décision précédente d'opposition à déclaration préalable strictement identique, et annulée par un jugement définitif du tribunal administratif de Versailles;
- la décision litigieuse le place dans une situation économique et financière difficile compte tenu de l'immobilisation du local, objet de sa déclaration préalable ;
- la décision fait obstacle à la cession de son bien, pour lequel il a récemment reçu deux offres d'achat ;
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'arrêté a été signé par une autorité n'ayant pas compétence pour le faire ;
- l'absence de réexamen de la déclaration préalable ;
- l'arrêté, qui ne prend pas en compte l'avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France, est entaché d'un vice de procédure, le maire de Saint-Germain-en-Laye n'ayant pas transmis le dossier à l'autorité compétente, en méconnaissance de l'article L. 632-2 du code du patrimoine ;
- l'arrêté est fondé sur un règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur illégal, et notamment l'article US.1.B.4, qui, s'il doit être considéré comme excluant le changement de destination de toutes surfaces de constructions existantes affectées à des activités, méconnaît les dispositions du III de l'article L. 313-1 du code de l'urbanisme;
- il est fondé sur un plan de sauvegarde et de mise en valeur illégal, en ce qu'il est incompatible avec le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme, en méconnaissance du V de l'article L. 313-1 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté procède d'une application erronée de l'article US.1.B.4) du plan de sauvegarde et de mise en valeur ;
- le changement de destination litigieux a pour objet de réaffecter les locaux du premier étage de l'immeuble dans leur destination initiale d'habitation, telle qu'elle préexistait.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, la commune de Saint-Germain-en-Laye, représentée par la SELARL Coudray agissant par Me Chatel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- il n'est fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ; en outre la décision pourrait être justifiée par le motif, substitué, tiré de la méconnaissance de l'article US. 12.2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
-la requête enregistrée le 29 décembre 2023 sous le numéro 2310788 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 5 juillet 2024 en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, M. Delage a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Gabard, représentant le requérant, qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens et précise, et en réponse à une demande de M. Delage, que le bien immobilier en cause était loué à des professions libérales et était arrivé à échéance en 2021, qu'il lui avait été signalé qu'il n'était plus aux normes alors qu'il accueillait du public, et que cette mise aux normes était d'autant plus compliquée et onéreuse en raison du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de la commune ; que M. B est confronté à des difficultés car il est sans revenus locatifs, qu'il a en outre obtenu deux promesses d'achats, qu'il est retraité et âgé de 76 ans ;
- les observations de Me Lapprand représentant la commune de Saint-Germain-en-Laye qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens en précisant que, sur l'urgence, c'est le pétitionnaire qui a donné congé aux locataires le 22 avril 2020 alors qu'il aurait présenté sa demande avant, qu'il n'est pas justifié de l'impossibilité de mettre aux normes, que l'emprunt invoqué est un prêt à la consommation et que la banque a dû considérer que M. B pouvait le rembourser, que la substitution de motif fait obstacle à l'injonction de délivrance d'une décision de non-opposition.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
Sur la condition d'urgence :
2. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que M. B a déposé une déclaration préalable pour la réalisation de travaux de changement de destination le 23 février 2021, soit il y a plus de trois ans. Malgré l'avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France, cette déclaration a fait l'objet d'un premier refus de la commune de St Germain en Laye le 20 avril 2021, annulé par un jugement du tribunal administratif de Versailles devenu définitif, puis d'un second refus de la commune, identique au premier, le 22 décembre 2023. Ces décisions d'opposition à déclaration préalable ont eu pour effet d'immobiliser le local de M. B, et par conséquent de placer ce dernier dans une situation financière et économique délicate ainsi qu'il ressort de son avis d'imposition, d'une part, en le privant de la possibilité de percevoir les revenus locatifs après les travaux envisagés, et d'autre part, en faisant obstacle à toute possibilité de cession de son bien, alors qu'il bénéficie depuis le 17 juin 2024 de deux offres d'achat subordonnées à l'acceptation de son projet de changement de destination de son local. Dans ces circonstances, alors même que M. B est à l'origine du congé donné à ses derniers locataires, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
En ce qui concerne les moyens développés par M. B :
4. Par un jugement n°2109072 du 15 septembre 2023, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision d'opposition à la déclaration préalable déposée par M. B au motif qu'en fondant sa décision sur un motif tenant au respect des prescriptions du SPR, examiné par l'Architecte des bâtiments de France, sans saisir au préalable l'autorité administrative compétente afin de contester la teneur de l'avis favorable émis par l'ABF, le maire avait méconnu les dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine et entaché sa décision d'irrégularité.
5. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 22 décembre 2023, le maire de la commune de Saint-Germain-en-Laye s'est de nouveau opposé à la déclaration préalable déposée par M. B en se fondant sur le même motif tenant au respect des prescriptions du SPR, examiné par l'architecte des bâtiments de France. Le requérant soutient, sans être contredit, que l'arrêté litigieux n'a pas été précédé de la saisine préalable de l'autorité administrative compétente prévue par les dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine, en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée qui s'attache au dispositif du jugement d'annulation du 15 septembre 2023, ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée du jugement n°2109072 du 15 septembre 2023 ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 632-2 du code du patrimoine sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
En ce qui concerne la demande de substitution de motifs :
6. L'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.
7. Dans son mémoire en défense, la commune de Saint-Germain-en-Laye sollicite une substitution de motif arguant que le projet ne comprend aucune place de stationnement en méconnaissance de l'article US. 12.2 du règlement du PSMV.
8. Toutefois, l'arrêté attaqué encourant la suspension en raison du vice de procédure relevé ci-dessus, la commune ne peut utilement solliciter une substitution de motif, qui ne saurait remédier au vice de procédure résultant du défaut de saisine préalable de l'autorité administrative compétente prévue par les dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine.
9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder la suspension de ces décisions.
10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. La suspension prononcée dans la présente instance n'implique pas qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal par M. B et tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de St Germain en Laye de lui délivrer l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable sollicité. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Germain-en-Laye de réexaminer la déclaration préalable déposée par M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le requérant, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la commune défenderesse la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye le versement à M. B de la somme de 1500 euros au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-en-Laye s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 23 février 2021 par M. B est suspendue, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Germain- en-Laye de réexaminer la demande présentée par M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Article 3 : La commune de Saint-Germain-en-Laye versera à M. B une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Saint-Germain-en-Laye tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Saint-Germain-en-Laye.
Fait à Versailles, le 9 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
Ph. Delage
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026