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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405198

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405198

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGAGNET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. D, ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 7 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de cinq ans. Le juge a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation de l'arrêté. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 et 28 juin 2024, M. F D, actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, représenté par Me Gagnet, avocate de permanence, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant fixation du pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la mesure fixant le pays de renvoi qui en constituent le fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclu au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Gagnet, avocate de permanence, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue arabe ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant algérien, né le 22 juin 2005, est entré sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police le 31 mai 2024. Par un arrêté du 7 juin 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D demande l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme A E, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation de la préfète de l'Essonne pour signer l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, dont les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. D, célibataire et sans enfant à charge, allègue avoir des liens personnels en France et notamment sa petite amie, il n'établit par aucune pièce ni aucun autre élément l'intensité de ses relations en France ni davantage la nécessité de sa présence à leurs côtés. Il ne se prévaut par ailleurs d'aucune insertion professionnelle ou sociale sur le territoire français, et précise travailler dans le cadre de sa détention. Par ailleurs, s'il indique à l'audience avoir un frère et d'autres membres de sa famille qui vivraient en France, il a indiqué dans son audition avec les services de police le 31 mai 2024, n'avoir aucune famille en France mais avoir l'intégralité de sa famille dans son pays d'origine. Ainsi, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, s'il soutient être entré en France en 2018 et y résider depuis lors, il n'en justifie par aucun élément. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (.) ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (.) ".

8. Il ressort des pièces que M. D a fait l'objet depuis 2018 de 19 signalements pour vol principalement et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et a été condamné le 4 mars 2024 à 12 mois d'emprisonnement délictuel par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de vol en réunion en récidive. Par suite, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la mesure d'éloignement attaquée sur le fondement des dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que, pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, la préfète de l'Essonne s'est fondée, d'une part, sur la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. D au regard de sa précédente condamnation à 12 mois d'emprisonnement délictuel par le tribunal correctionnel de Paris le 4 mars 2024 pour des faits de vol en réunion en récidive et de ses 19 signalements et, d'autre part, sur le risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, risque qu'elle a regardé comme caractérisé sur le fondement des 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. D ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et a déclaré lors de son audition avec les services de police le 31 mai 2024 ne pas vouloir quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la fixation de l'Algérie comme pays de destination prise à l'encontre de M. D serait de nature à l'exposer à un risque pour sa vie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 7 juin 2024 de la préfète de l'Essonne est illégal. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. C Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2405198

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