vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2024 et le 3 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Gall, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de l'autoriser à déposer sa demande d'asile en France et de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans le délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 dès lors que l'entretien individuel n'a été mené ni dans des conditions en garantissant la confidentialité, ni par une personne qualifiée en vertu du droit national, ni dans une langue qu'il comprend ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités espagnoles aient été régulièrement et réellement saisies et qu'elles aient accepté la demande de prise en charge formulée par l'autorité préfectorale, en application des dispositions du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le premier alinéa de l'article 3 et l'article 17 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 compte tenu de la présence en France de sa sœur qui a obtenu le statut de réfugié et de sa situation de vulnérabilité ;
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observations mais qui a produit des pièces au dossier le 3 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Maitre pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier d'audience et de M. C, interprète en langue dari :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller ;
- les observations de Me Lapeyrere, substituant Me Gall, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête à l'exception des moyens de procédure qu'il déclare abandonner expressément, sauf le moyen tiré de l'absence d'identification et de qualification de la personne ayant menée l'entretien en préfecture ; il insiste tout particulièrement sur la nécessité pour le préfet de mettre en œuvre la clause discrétionnaire permettant à la France d'examiner la demande d'asile de la requérante en raison de sa vulnérabilité et de la présence de sa sœur reconnue réfugiée, compte tenue de leur appartenance à la communauté des hazaras, particulièrement persécutés par les talibans en raison de leur appartenant à la mouvance chiite de l'islam ;
- les observations de Mme B, accompagnée de sa sœur, que le tribunal a notamment interrogé sur leur parcours respectif ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présent ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante afghane née le 13 mai 1999 à Kabul, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 6 mars 2024, auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base de données Visabio a révélé que Mme B avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités espagnoles, le 31 janvier 2024. Le 14 mars 2024, la préfète de l'Essonne a saisi ces autorités d'une demande de prise en charge de Mme B, qui l'ont acceptée implicitement le 15 mai 2024. Par un arrêté du 12 juin 2024, la préfète de l'Essonne a décidé de transférer Mme B aux autorités espagnoles. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Et aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier et des débats à l'audience que Mme B et sa sœur ont fuit l'Afghanistan où la requérante a été notamment sévèrement violentée. Entrée la première sur le territoire espagnol, la sœur de Mme B a bénéficié d'une mesure de relocalisation vers la France où elle a été récemment reconnue réfugiée. La requérante a quant à elle été admise ultérieurement à entrer sur le territoire de l'Union européenne par la délivrance d'un visa délivré par les autorités espagnoles le 31 janvier 2024 puis est entrée en France en vue de rejoindre sa sœur ainée. Il ressort notamment du certificat médical produit par la requérante, ainsi que des débats à l'audience, que Mme B a vécu un traumatisme important entrainant une fragilisation de son état psychologique et une perte d'autonomie compensée par la présence quotidienne de sa sœur à ses côtés, les deux sœurs étant hébergées dans des centres d'accueil pour demandeur d'asile assez proches. Il apparaît également que le traitement de la demande d'asile présentée par Mme B ne peut être que facilité par la présence de sa sœur reconnue réfugiée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfète de l'Essonne, en ne faisant pas usage de la faculté d'instruire en France la demande d'asile de Mme B, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, qui permet de déroger aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile, notamment pour des motifs humanitaires, et afin de permettre le rapprochement des membres de la famille, de proches ou de tout autre parent.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 12 juin 2024, par lequel la préfète de l'Essonne a décidé de transférer Mme B aux autorités espagnoles, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le sens du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Essonne délivre à Mme B une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gall, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Gall de la somme de 1 000 euros, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 12 juin 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à Mme B une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve que Mme B soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, l'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Gall, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
B. Maitre Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026