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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405328

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405328

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAUERBACH

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A, ressortissant turc, qui contestait le refus du préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée, en ce qu'elle visait les textes applicables et rappelait le rejet définitif de ses demandes d'asile par l'OFPRA et la CNDA, ainsi que l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin du droit au maintien sur le territoire français en cas de rejet définitif d'une demande de réexamen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2408418 du 25 juin 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de

M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 5 juin 2024, M. A, représenté par Me Barkat, demande au tribunal d'annuler la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile et lui a rappelé qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Il soutient que :

- il dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée dans une entreprise ;

- il souhaite vivre et fonder sa famille en France, pays dans lequel il est intégré et dans lequel il suit des cours de français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Maljevic, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 août 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de M. Maljevic ;

- les observations de Me Barkat avocat désigné d'office de M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et sollicite du tribunal qu'il soit enjoint au préfet du Val d'Oise de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

- en présence de Mme C, interprète en langue turque ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 20 juillet 1992, entré en France le 8 mai 2022, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 28 décembre 2022, notifiée le 27 janvier 2023. M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA par une décision du 25 août 2023, notifiée le 18 septembre suivant, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 novembre 2023, notifiée le 29 novembre suivant. Par un arrêté du 29 février 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Par un jugement n° 2403615 du 26 avril 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté le recours de l'intéressé présenté contre cet arrêté. M. A a sollicité le 9 avril 2024 un nouveau réexamen de sa situation au titre de l'asile. Par une décision du 9 avril 2024, dont M. A doit être regardé comme en demandant l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile et lui a rappelé qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 9 avril 2024 vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant et rappelle que la demande de réexamen de la demande d'asile de l'intéressé a fait l'objet d'un rejet de la part de l'OFPRA par une décision du 25 août 2023, notifiée le 18 septembre suivant, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 novembre 2023, notifiée le 29 novembre suivant. Il précise également que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 29 février 2024, laquelle demeure exécutoire. Cet arrêté est, dès lors, suffisamment motivé.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Aux termes de l'article R. 521-10 du même code : " Lorsque l'étranger se trouve dans le cas prévu aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2, le préfet peut prendre à son encontre une décision de refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision attaquée, le préfet s'est fondé sur les dispositions précitées du 2° du c) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui permettent de refuser de délivrer une attestation de demande d'asile au demandeur qui sollicite un deuxième réexamen de sa situation au regard du droit d'asile dès lors que sa première demande de réexamen a définitivement été rejetée.

5. Il résulte des dispositions permettant au préfet de refuser ou de retirer une attestation de demande d'asile, citées au point 3, qu'elles ne s'appliquent que sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est ni même allégué que M. A serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie. Au demeurant, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni effet de la renvoyer dans son pays d'origine. Par ailleurs, les seules circonstances qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée en qualité de chef d'équipe au sein de l'entreprise ELA SOL, qu'il parle français et qu'il souhaite s'établir en France ne sont pas de nature à justifier qu'il ne soit pas mis fin à son droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions précitées. Par suite, le préfet du Val-d'Oise, en refusant de délivrer à M. A une attestation de demande d'asile, n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Maljevic Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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