jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405341 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | CAMARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2024 et le 28 août 2024, Madame A B, représentée par Me Camara, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par un auteur incompétent ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu tiré de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'avis du médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration ne respecte pas les conditions de forme énoncé aux articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne permet pas d'identifier le médecin rapporteur, n'est pas signé par lui et qu'il n'est pas possible de vérifier les conditions de la délibération collégiale ;
- l'avis du collège des médecins est insuffisamment motivé en l'absence de preuves quant à la réalisation d'une étude relative à la disponibilité financière d'un traitement en Egypte ;
- la décision de refus de titre est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'ancienneté de sa présence en France et à la nécessité d'une prise en charge médicale, aucun traitement effectif et approprié n'étant disponible en Egypte ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que ses moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,
- et les observations de Me Camara, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A B, ressortissante égyptienne née le 21 janvier 1996, est entrée en France le 12 octobre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a présenté le 28 décembre 2023 une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye du 27 mai 2024 qui a rejeté sa demande, l'a obligé de quitter le territoire français et a fixé son pays de destination.
Sur les moyens communs aux différentes décisions contestées :
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté n°78-2024-03-04-00016 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture des Yvelines du même jour, que Madame Véronique Martiniano, secrétaire générale de la sous-préfecture et signataire de l'acte contesté, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les arrêtés de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ()". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
4. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que les conventions internationales pertinentes. Il est ainsi suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, il détaille que le parcours de Madame B, comporte des considérations relatives à son état de santé et à sa situation personnelle et familiale, et expose les motifs, notamment tirés de l'avis du collège de médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration, pour lesquels le sous-préfet a estimé devoir rejeter sa demande. Il est ainsi suffisamment motivé en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. L'arrêté contesté ayant été pris en l'espèce suite à une demande de délivrance d'un titre de séjour présenté par Mme B, il résulte de ce qui précède que celle-ci ne peut utilement soutenir que son droit à être entendu a été méconnu. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. / Afin de contribuer à l'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office ". Aux termes de son article 5 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
8. D'une part, il ressort du bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins de l'office que le rapport médical a été établi par un médecin qui n'a pas participé aux délibérations. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune des dispositions précitées, non plus que d'aucun principe, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration devrait porter mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, qui est transmis au collège de médecins de l'Office. L'avis du collège est, quant à lui, signé des trois médecins qui l'ont composé. Il est, par suite, régulier en la forme.
9. D'autre part, par application des dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'avis du collège des médecins peut seulement indiquer si l'étranger peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que, avant de se prononcer sur ce point, les médecins du collège n'auraient pas préalablement recueilli les informations visées à l'article 3 de cet arrêté. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés des irrégularités de forme et de contenu de l'avis du collège des médecins de l'office doivent être écartés.
10. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 8 du présent jugement qu' il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 313-22 précité, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est porteuse de la maladie de Still, définie comme un rhumatisme inflammatoire rare, qui a été diagnostiquée initialement en Egypte en 2020 et pour lequel elle est prise en charge médicalement en France. Le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, saisi par l'autorité administrative en application des dispositions rappelées au point 8 du présent jugement, a confirmé que son état nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que Madame B peut effectivement bénéficier en Egypte d'un tel traitement. Mme B devant être regardée comme ayant levé le secret médical, le tribunal a sollicité la communication de son entier dossier médical.
12. Pour combattre cette affirmation, Madame B se prévaut de trois attestations de médecin égyptiens, l'une rédigée en 2022 et les autres en 2024, selon lesquelles elle ne pourrait pas bénéficier en Egypte de traitement à base de corticostéroïdes ou une biothérapie. Toutefois, il ressort de ces attestations, d'ailleurs toutes rédigées en langue anglaise, que les traitements en cause ne sont pas indisponibles en Egypte mais soumis à une liste d'attente. Au demeurant s'agissant de l'attestation à en-tête d'une organisme dénommé " Safe Life ", ni sa date ni la qualité de son signataire ne sont identifiables. Les deux autres attestations ne se prononcent, quant à elles, que sur une spécialité médicale en particulier, sans se prononcer sur la classe de médicaments ni sur la possibilité d'y substituer un autre traitement. À cet égard, s'il est mentionné dans un compte-rendu d'hospitalisation du 5 octobre 2023 que Mme B a été traitée notamment par des injections d'Infliximab et que ce traitement n'est plus disponible en Egypte, il ressort des pièces du dossier médical que cette spécialité ne lui a plus été prescrite depuis 2022. Dans ces conditions, ces attestations ne peuvent apporter la preuve de l'indisponibilité effective d'un traitement approprié à l'état de Mme B en Egypte, eu égard aux conclusions contraires du collège des médecins de l'office. Par ailleurs, il ressort du dossier médical qu'a bien été pris en compte le fait qu'elle était atteinte à la fois de la maladie de Still et d'un lymphome B diffus, et que le collège s'est également prononcé au vu de l'ensemble des spécialités médicales qui lui ont été prescrites, celles-ci ne se limitant pas à des anti-inflammatoires non-stéroïdiens.
13. Il résulte de ce qui précède qu'en considérant qu'un traitement approprié était disponible en Egypte, le sous-préfet de Saint-Quentin-en-Yvelines n'a pas fait des dispositions précitées une inexacte application.
Sur les moyens dirigés contre la décision d'éloignement :
14. En premier lieu, si les dispositions précitées de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
15. L'arrêté contesté ayant été pris en l'espèce suite à une demande de délivrance d'un titre de séjour présenté par Mme B, il résulte de ce qui précède et a été exposé au point 6 que celle-ci ne peut utilement soutenir que son droit à être entendu a été méconnu. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que l'éloignement de Madame B vers l'Egypte n'emporte pas de risque de mauvais traitement en raison d'une indisponibilité de traitement médical. Par ailleurs, il ressort de l'avis du collège des médecins que son état de santé lui permet de voyer sans risques vers son pays d'origine, ce qu'au demeurant elle ne conteste pas. Elle ne se prévaut, enfin, d'aucun autre risque de mauvais traitements auquel elle serait exposée en Egypte. Par suite, les moyens tirés la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
19. Il ressort des pièces du dossier que Madame B est entrée en France le 12 octobre 2022, qu'elle est célibataire, sans emploi, et que sa mère et son fils résident en Egypte. Si elle se prévaut de la présence en France de son père, qui l'héberge, elle ne soutient pas que sa présence auprès de lui serait nécessaire, tandis qu'elle n'apporte aucune pièce justifiant des liens particuliers qu'elle dit entretenir avec des cousins et oncles établis en France, les attestations produites en ce sens se bornant à rappeler leur lien de parenté. Dans ces conditions, et alors qu'elle a vécu en Egypte jusqu'à l'âge de 26 ans, le préfet n'a pas porté à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8, 10 et 12 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Madame B doit être écarté.
21. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a dit précédemment que Madame B n'établit l'illégalité ni de la décision lui refusant le droit au séjour, ni de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'illégalité de ces décisions ne peuvent qu'être écartés.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Madame B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Madame A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Lutz, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le président,
Signé
O. Mauny
Le rapporteur,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405341
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026