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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405355

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405355

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantPETIT FRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juin 2024, le 13 août 2024 et le 19 août 2024, Madame A B, représentée par Me Renel Petit Frère, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer un récépissé dans l'attente, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation et il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle exerce une activité professionnelle en France et dispose de ressources suffisantes ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à son intégration dans la société française et à son temps de présence sur le territoire national ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,

- et les observations de Me Petit Frère, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A B, ressortissante guinéenne née en 1991, soutient être arrivée en France en 2017. Après avoir vainement sollicité son admission au titre de l'asile, elle a sollicité le 13 mars 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sa qualité de parent d'un enfant ressortissant de l'Union Européenne.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () " Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

3. L'arrêté litigieux vise les textes de droit interne et international dont il a été fait application et est donc suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B, notamment les conditions de son arrivée sur le territoire français, ses démarches administratives passées et fait état de sa situation familiale. Il est donc suffisamment motivé en fait. En outre, contrairement à ce que soutient Mme B, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut de cet examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Aux termes de cet article L. 233-1 : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ". Et aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; () / 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint. ".

6. Pour solliciter le bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, Mme B se prévaut de sa qualité de mère d'un enfant de nationalité portugaise et indique, par ailleurs, être célibataire. Elle n'est donc pas conjointe d'un citoyen de l'Union Européenne et ne saurait être considérée comme étant à la charge de son fils, qui est âgé de sept ans. Il s'ensuit qu'elle n'est pas " membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne " au sens de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et nonobstant l'éventuelle erreur commise par le préfet dans l'évaluation de ses ressources ou de son affiliation à l'assurance maladie, ce dernier n'a pas commis d'erreur de droit en considérant qu'elle ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si Mme B soutient être entrée en France en 2017, les justificatifs de présence les plus anciens qu'elle produit remontent tous à l'année 2022. S'agissant de son emploi, elle ne produit un contrat de travail qu'à compter de l'année 2023 et des bulletins de paye tous postérieurs à janvier 2024. L'ancienneté de la présence en France et la forte intégration dans la société française dont elle se prévaut ne sont donc pas établies par ces pièces. S'agissant de sa situation familiale, il ressort des pièces du dossier et notamment de ses déclarations au préfet que Mme B, outre son enfant de nationalité portugaise, est mère de deux enfants mineurs de nationalité guinéenne et résidant en Guinée, pays où résident également tous les membres de sa fratrie ainsi que ses deux parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, en décidant de son éloignement à destination de la Guinée, le préfet des Yvelines n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Ces moyens doivent donc être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de son enfant mineur ou de l'empêcher de pourvoir à son éducation ou de porter à ses intérêts fondamentaux, alors qu'il n'est pas soutenu que le père de cet enfant, de nationalité portugaise, entretienne des relations avec lui. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Madame A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le président,

Signé

O. Mauny

Le rapporteur,

Signé

F. Lutz

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405355

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