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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405401

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405401

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDIOP

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B A, qui contestait l'arrêté du préfet de police de Paris du 27 juin 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait légalement fondé l'interdiction de retour sur le non-respect par l'intéressé de l'obligation de quitter le territoire français prise le 19 juillet 2023, sans que la demande d'aide juridictionnelle contre cet arrêté n'en affecte la validité. Il a également jugé que la durée d'un an n'était pas disproportionnée au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la décision ne portait pas une atteinte excessive au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. B A, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de police de Paris ne pouvait se prévaloir de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet des Yvelines le 19 juillet 2023 pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français alors qu'il avait déposé une demande d'aide juridictionnelle contre cet arrêté le 28 juillet 2023 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son principe ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Mathé, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 août 2024, qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée ;

- les observations de Me Békalé, substituant Me Diop, représentant M. A, présent, assisté par Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français du préfet des Yvelines du 19 juillet 2023 est entachée d'un défaut d'examen attentif et complet de la situation personnelle de M. A ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 9 février 1991, est, selon ses déclarations, entré en France le 17 mai 2018. Par un arrêté du 19 juillet 2023, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 27 juin 2024, le préfet de police de Paris lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet, qui n'est pas tenu de se prononcer expressément sur les critères prévus par les dispositions précitées qu'il ne retient pas, prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. En outre, elle mentionne notamment que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 19 juillet 2023 par le préfet des Yvelines, que le délai de départ volontaire dont était assorti cette décision est expiré, que M. A allègue être entré sur le territoire français en mai 2019, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant précisé qu'il se déclare être célibataire et sans enfant à charge, et qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 19 juillet 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. A s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre le 19 juillet 2023 et ne faisant pas état de circonstances humanitaires justifiant que le préfet n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont est entachée la décision attaquée quant à son principe, à le supposer soulevé, doit être écarté.

6. En troisième lieu, compte tenu des éléments mentionnés au point 4, la décision attaquée n'est ni entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée fixée à un an, ni prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

7. En quatrième lieu, le requérant ne justifie pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue d'introduire un recours pour excès de pouvoir contre l'arrêté du 19 juillet 2023 du préfet des Yvelines. A supposer même que cela soit le cas, la présentation d'une demande d'aide juridictionnelle dans le délai de recours contentieux interrompt ce dernier mais n'a aucune incidence sur le caractère exécutoire de l'arrêté dont l'annulation est demandée, qui est suspendu par la seule introduction du recours contentieux formé contre celui-ci. Or, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, avoir formé un recours pour excès de pouvoir contre l'arrêté du 19 juillet 2023 du préfet des Yvelines avant que ne soit pris l'arrêté contesté du 27 juin 2024 du préfet de police de Paris et qui était alors pendant à cette date. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du 19 juillet 2023, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen attentif et complet de la situation personnelle de M. A. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 19 juillet 2023 du préfet des Yvelines doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024 du préfet de police de Paris. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. MathéLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2405015

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