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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405416

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405416

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL SALIGARI - EL AMINE AVOCATS ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 juin 2024 et le 23 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, au profit de son avocat, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la même somme, à son propre profit, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de justifier de la régularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 27 août 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Delrieu, substituant Me Saligari, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 6 avril 1984, déclare être entré en France le 11 mai 2019. Il a sollicité l'asile le 24 mars 2020. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 16 juillet 2020. Le recours contre cette dernière a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 octobre 2020. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile du 5 juin 2021 a été rejetée par l'OFPRA comme étant irrecevable le 10 mai 2021 et le recours contre cette décision a été rejeté par la CNDA le 1er septembre 2021. Le 28 septembre 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, eu égard à son état de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 mai 2024, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 8 juin 2024. Eu égard à l'urgence qui s'attache au jugement de la requête de M. B, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

4. Par un avis du 5 mai 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'épilepsie, dont le traitement implique en particulier la prescription, au long terme, d'un antiépileptique, le lévétiracétam et, ponctuellement, d'un anxiolitique (urbanyl). Le requérant fait état d'une ordonnance du 30 juin 2023 aux termes de laquelle la prescription du lévétiracétam, sous la spécialité commercialisée par le laboratoire accord en comprimés de 1 000 milligrammes, est assortie de la mention " Non substituable MTE " (marge thérapeutique étroite). Il justifie également, par la production de la réponse à la sollicitation de son conseil, que ce laboratoire ne commercialise pas cette spécialité en Côte d'Ivoire. Si l'autorité préfectorale indique que cette même molécule est commercialisée par d'autres laboratoires, il ressort de la liste nationale des médicament essentiels, publiée en 2020 par les autorités ivoiriennes, qu'elle produit elle-même, que cette molécule ne figure pas dans cette liste. Si le préfet soutient par ailleurs, en se prévalant de cette liste, que d'autres molécules de la famille des antiépileptiques sont disponibles en Côte d'Ivoire, il résulte de la mention " Non substituable MTE " que, en l'état du traitement de l'intéressé à la date de l'arrêté litigieux, une telle substitution n'était pas possible. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en ayant considéré qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié de son état de santé dans son pays d'origine, le préfet des Yvelines a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 30 mai 2024, par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard aux motifs qui la fondent, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre à M. B une carte de séjour temporaire, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive à l'aide juridictionnelle de M. B par le bureau d'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Saligari, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saligari de la somme de 1 000 euros. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle, l'Etat lui versera la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Saligari la somme de 1 000 euros, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive à l'aide juridictionnelle de M. B par le bureau d'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Saligari, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle, l'Etat lui versera la somme de 1 000 euros.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sylvain Saligari et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

O. MAUNYLa greffière,

Signé

C. BENOIT-LAMAITRIE

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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