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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405648

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405648

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BELLENGER BLANDIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. B D et Mme C A, représentés par Me Aliénor de Broissia, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le refus de permis de construire modificatif n° PC 78442 20 Y 0016 M02 pris par le maire de Neauphle-le-Château le 12 janvier 2024 et la décision de rejet de leur recours gracieux ou, à titre subsidiaire, de suspendre sur le même fondement ledit arrêté en tant qu'il refuse la modification du raccordement à l'électricité ;

2°) d'enjoindre à la maire de Neauphle-le-Château de délivrer une autorisation relative au raccordement à l'électricité et à l'eau dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, d'autoriser un raccordement provisoire à l'électricité dans l'attente du jugement statuant au fond ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neauphle-le-Château la somme de 5 000 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils vivent dans leur maison avec leurs trois enfants sans raccordement électrique ;

- constituent des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en premier lieu, l'incompétence de l'auteur de l'acte, en deuxième lieu, la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, en troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation à ne pas accepter de coffret électrique sur le chemin de la Fontaine de Launay dès lors qu'il serait en toute hypothèse nécessaire selon ENEDIS, en quatrième lieu, l'absence de non-conformité du projet de raccordement au regard de la typologie rurale du chemin, en cinquième lieu, la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code de l'énergie, en sixième lieu, l'erreur commise par la commune en ignorant l'autorisation déjà accordée en 2021 pour le raccordement au réseau des eaux usées sous la chaussée du chemin de la Fontaine de Launay et, en septième lieu, la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 et 18 juillet 2024, la commune de Neauphle-le-Château, représentée par Me Blandin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2405632, par laquelle M. B D et Mme C A demandent l'annulation de l'arrêté en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'énergie ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Boukheloua ;

- les observations de Me Aliénor de Broissia, pour les requérants, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures et ajoute, pour répondre au mémoire en défense, que les requérants ont dû investir dans l'achat d'un groupe électrogène et de panneaux photovoltaïques ce qui n'ôte pas l'urgence à leur situation, et qu'il est surprenant que la commune oppose désormais son incompétence pour décider du raccordement électrique sur le chemin de la Fontaine de Launay ;

- les observations de Me Blandin, pour la commune de Neauphle-le-Château, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans le mémoire en défense ;

- aux questions posées par Mme Boukheloua, il a été répondu, en premier lieu, que dans le permis initial, les raccordements pour l'électricité et les eaux usées n'étaient pas prévus vers le chemin de la Fontaine de Launay, en deuxième lieu, que l'absence d'exécution du permis initial en ce qui concerne le raccordement électrique trouve son origine dans une décision d'ENEDIS et non dans la volonté des pétitionnaires, en troisième lieu, que la commune ne s'est pas rapprochée d'ENEDIS pour essayer de trouver une solution technique alternative, en quatrième lieu, que la préservation du caractère rural du chemin de la Fontaine de Launay ne s'accommode pas de l'installation d'un boitier électrique au droit de la propriété des requérants, en dernier lieu, que les infrastructures électriques appartiennent désormais aux collectivités locales.

La clôture de l'instruction est différée au jeudi 18 juillet 2024 à 11h.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 novembre 2020, le maire de la commune de Neauphle-le-Château a accordé à M. D et Mme A un permis de construire une maison individuelle, sur un terrain situé au 15 chemin de la Fontaine de Launay sur le territoire de cette commune. Le 17 novembre 2023, M. D a fait une demande de permis de construire modificatif portant sur la modification des raccordements pour l'électricité et les eaux usées, cette demande se bornant notamment à régulariser des travaux de raccordement au réseau des eaux usées situé sous la chaussée du chemin de la Fontaine de Launay déjà autorisés par arrêté conjoint du syndicat intercommunal d'assainissement de la région de Neauphle-le-Château (SIARNC) et de la maire de Neauphle-le-Château en date du 16 août 2021, et déjà réalisés. Cette demande a fait l'objet d'un refus par un arrêté du 12 janvier 2024 de la maire de Neauphle-le-Château. M. D et Mme A demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ce refus ainsi que de la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des débats tenus durant l'audience, qu'après avoir obtenu, en 2020, un permis de construire une maison individuelle prévoyant un raccordement électrique vers le nord, via une propriété privée mitoyenne, M. D et Mme A ont été contraints, par ENEDIS, de ne pas effectuer ce raccordement dans les conditions prévues par ce permis initial, mais plutôt sur le chemin de la Fontaine de Launay, au droit de leur propriété, conformément à l'offre de raccordement de référence (ORR). A cet égard, les divers échanges avec ENEDIS font ressortir que le gestionnaire de réseau n'envisage pas, en l'état de l'instruction, d'autre solution technique que celle d'installer un coffret de coupure individuelle (CCPI) en limite de propriété, au 15 chemin de la Fontaine de Launay, le gestionnaire avançant des raisons de sécurité et de maintenance de réseau. Ainsi, l'acte attaquée du 12 janvier 2024, qui refuse d'accorder, à M. D, un permis de construire modificatif dont l'objet est notamment d'autoriser les travaux de réalisation des nouvelles modalités de raccordement électrique de la maison individuelle des requérants, en dépit de l'avis favorable d'ENEDIS, a pour effet de priver d'électricité le foyer dans lequel ils résident avec leurs trois enfants depuis le 27 avril 2024. Cette situation justifie de l'urgence à suspendre la décision attaquée. A cet égard, la situation des requérants ne pouvant être regardée, en l'état de l'instruction, comme leur étant imputable, sachant que ces derniers ont par ailleurs engagé plusieurs tentatives de résolution amiable de leur situation entre la date de l'acte attaqué et celle de l'enregistrement de la présente requête, les circonstances, d'une part, qu'ENEDIS avait rendu un avis favorable en 2020 sur l'hypothèse de raccordement figurant dans le dossier de demande de permis initial, d'autre part, que les requérants se sont installés dans leur maison individuelle en connaissance de cause, enfin, qu'ils ont acquis un groupe électrogène et des panneaux photovoltaïques pour alimenter leur domicile en électricité dans l'attente d'un raccordement au réseau électrique, ne sont pas de nature à remettre en cause cette appréciation. Par suite, il résulte de ces circonstances particulières que M. D et Mme A justifient que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. La décision attaquée est fondée sur deux motifs, l'un tenant à la contrariété du nouveau tracé de raccordement des eaux usées avec l'avis du SIARNC et de la solution retenue par le permis de construire initial, et l'autre tiré de ce que la pose d'un coffret électrique sur le chemin de la Fontaine de Launay, protégé par le plan local d'urbanisme (PLU) au titre de l'ancien article L. 123-1 7° du code de l'urbanisme, préjudicierait au maintien de sa typologie rurale et le dénaturerait.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés, d'une part, de l'erreur commise par la commune en ignorant l'autorisation du 16 août 2021 de raccordement au réseau des eaux usées sous la chaussée du chemin de la Fontaine de Launay et, d'autre part, de l'absence de non-conformité du projet de raccordement électrique au regard de la typologie rurale du sentier, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de l'arrêté de refus de permis de construire modificatif n° PC 78442 20 Y 0016 M02 du 12 janvier 2024, et du rejet du recours gracieux des requérants, doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition () ". Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

9. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme.

10. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté litigieux interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. A cet égard, l'argument de la commune tiré de ce qu'elle ne serait pas propriétaire du réseau électrique enfoui sous la chaussée du chemin de la Fontaine de Launay ne saurait, par lui-même, lui interdire d'accueillir la demande de permis modificatif litigieuse, dès lors qu'elle demeure compétente pour instruire cette demande, et qu'il est constant qu'ENEDIS, gestionnaire du réseau électrique, a rendu un avis favorable au raccordement de la propriété litigieuse côté chemin de la Fontaine de Launay. Par suite, il doit être enjoint à la maire de Neauphle-le-Château, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, de délivrer le permis modificatif demandé par M. D et Mme A, dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Neauphle-le-Château le versement de la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Neauphle-le-Château soit mise à la charge de M. D et Mme A, qui ne sont pas la partie perdante à la présente instance.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution du refus du permis de construire modificatif n° PC 78442 20 Y 0016 M02 pris par le maire de Neauphle-le-Château le 12 janvier 2024 et de la décision rejetant le recours gracieux de M. D et de Mme A, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Neauphle-le-château d'accorder un permis de construire modificatif à M. D dans les conditions prévues au point 10 de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Neauphle-le-château versera à M. D et Mme A une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Neauphle-le-château, fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme C A et à la commune de Neauphle-le-Château.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

N. GilbertLa République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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