vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Saïdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne l'a assignée à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou à défaut de réexaminer sa demande sous 15 jours et de lui délivrer dans les deux cas un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'existence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne justifie pas un refus d'instruire une demande de titre de séjour ;
- la décision implicite de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, elle est disproportionnée et porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- de nouvelles circonstances de fait font obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 4 juillet 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Lutz pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 juillet 2024, en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de Mme Lutz, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de séjour dès lors que Mme B, qui ne justifie pas avoir déposé un dossier complet à la préfecture, ne peut se prévaloir de l'existence d'une telle décision ;
- les observations de Me Saïdi, représentant Mme B, non-présente, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise en outre qu'il entend soulever le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme B à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine, née le 3 août 1990, a fait l'objet, le 4 juillet 2022, d'une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Essonne. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement n°2205672 du tribunal administratif de Versailles du 8 novembre 2022. Mme B s'est néanmoins maintenue sur le territoire français. Par la décision du 4 juillet 2024, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a ordonné son assignation à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Selon l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour doit refuser d'admettre l'étranger à souscrire à cette demande si le dossier présenté à son appui est incomplet.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Son article R. 432-2 dispose : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Il en résulte que l'autorité administrative doit être considérée comme saisie d'une demande de titre de séjour de nature à faire débuter le délai prévu à l'article R. 432-2 précité si le dossier présenté à l'appui de cette demande est complet, c'est-à-dire s'il comporte les pièces limitativement mentionnées aux articles R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 431-11 du même code, ce dernier renvoyant à l'annexe 10 dudit code.
4. En l'espèce, à la suite du blocage de son compte ANEF, Mme B s'est présentée le 23 mai 2024 au guichet de la préfecture, mais son dossier n'a pu être enregistré en l'absence de production des documents à fournir pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions la préfète de l'Essonne ne peut être regardée comme ayant été saisie d'une demande de titre de séjour de nature à faire débuter le délai prévu par les dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aucune décision implicite de rejet de demande de titre de séjour n'a dès lors pu naître.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de refus de séjour présentées par Mme B doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence :
6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". L'article L. 733-1 de ce code dispose que : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". L'article R. 733-1 de ce code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / () ".
7. Il appartient à l'administration de ne pas mettre à exécution la décision portant obligation de quitter le territoire français si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans pareille hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision l'assignant à résidence dans les quarante-huit heures suivant sa notification.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 31 octobre 2018, a conclu un pacte civil de solidarité avec M. C, ressortissant français, le 4 août 2020, et a donné naissance à l'enfant du couple, D, le 12 mai 2023, soit après l'arrêté du 4 juillet 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Essonne et également après le rejet du recours formé contre cette décision par le jugement n°2205672 du tribunal administratif de Versailles du 8 novembre 2022. La requérante produit le récépissé de l'enregistrement de la déclaration conjointe du pacte civil de solidarité, des relevés de comptes bancaires mentionnant des virements réguliers en sa faveur effectués par M. C depuis le mois de décembre 2020, plusieurs avis d'imposition établis aux deux noms et l'acte de naissance D, qui confirment l'existence d'une vie commune entre elle et M. C. Elle produit également une attestation de confirmation de dépôt d'une pré-demande de titre de séjour du 17 octobre 2023 et plusieurs échanges de courriels faisant état d'un blocage de son compte ANEF l'empêchant de finaliser sa demande de titre. Or, il ressort des termes de la décision attaquée que ni la naissance D, ni le dépôt d'une pré-demande de titre de séjour n'ont été pris en compte par la préfète de l'Essonne, alors même que ces éléments constituent des changements dans les circonstances de fait de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont Mme B a fait l'objet le 4 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme B par la préfète de l'Essonne doit être accueilli.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Essonne l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète de l'Essonne du 4 juillet 2024 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
F. LutzLe greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026