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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405681

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405681

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2024 et le 18 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Guillier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a écarté son expérience professionnelle motif pris qu'il a travaillé sous couvert d'une fausse carte italienne ; ce motif apparait déterminant dans l'appréciation portée par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il vit en France depuis 2019 et travaille comme technicien câbleur, secteur qui connaît une pénurie de main d'œuvre ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il dispose de membres de sa famille en France et qu'il est fortement intégré par son activité professionnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas présenté d'observations en défense mais qui a produit, le 13 septembre 2024 des pièces au dossier.

Par ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.

Des pièces ont été communiquées pour M. C le 10 octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Guillier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né en 1997, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". Par un arrêté du 10 juin 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français

2. Par un arrêté n° 78-2024-082 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture des Yvelines, M. D B, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 313-14 du même code dans son ancienne version, n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. D'une part, l'arrêté attaqué relève notamment que M. C produit à l'appui de sa demande une demande d'autorisation de travail pour un emploi de technicien câbleur en contrat à durée indéterminée à temps complet ainsi qu'un contrat de travail conclut pour cette activité le 19 septembre 2019 et des bulletins de paie pour la période de septembre 2019 à septembre 2023, mentionne la prise en compte de l'ensemble des éléments du dossier et a retenu que l'ancienneté de travail de l'intéressé était insuffisamment établie. Si le préfet a également relevé que M. C a frauduleusement exercé son activité professionnelle depuis 2019 sous couvert d'une fausse nationalité italienne, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet des Yvelines, qui pouvait légalement prendre en compte cet élément pour apprécier l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels, se serait fondé uniquement ou de manière déterminante sur cet élément pour refuser d'admettre M. C au séjour à titre exceptionnel. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, que M. C, entré en France en août 2019, peut se prévaloir d'une expérience professionnelle sur le territoire en tant que technicien câbleur depuis près de 5 ans à la date de la décision attaquée, ainsi que d'une demande d'autorisation de travail pour un emploi à temps complet dans ce domaine, pour lequel il présente manifestement toutes les qualifications requises. Toutefois, si elle démontre une volonté sérieuse d'intégration professionnelle, la circonstance que M. C justifie d'un emploi stable depuis une période relativement récente et d'une perspective de pérennisation de cet emploi ne saurait, à elle seule, établir qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, alors qu'il est constant que M. C est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a travaillé et vécu jusqu'à l'âge de 22 ans, la seule circonstance que l'intéressé peut se prévaloir d'une certaine intégration professionnelle en France et de la présence de ses grands-parents et d'un oncle ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant au requérant un titre de séjour doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet des Yvelines se serait cru tenu d'obliger M. C à quitter le territoire français et qu'il n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées aux points 6 et 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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