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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405692

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405692

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTROALEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C B, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 26 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an. Le tribunal a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute d'éléments établissant une intégration notable en France. Le moyen tiré de l'absence de menace pour l'ordre public a été écarté comme inopérant, la mesure n'étant pas fondée sur ce motif. Enfin, le refus de délai de départ volontaire a été jugé légal au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, M. B ne justifiant ni d'une entrée régulière ni de garanties de représentation suffisantes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 juillet 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête présentée par M. C B.

Par cette requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- il dispose de garanties de représentation certaines ;

- il travaille depuis son arrivée en France ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 24 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Amar-Cid, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 août 2024, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Amar-Cid ;

- les observations de Me Troalen, avocate désignée d'office, représentant M. B, non présent, qui déclare s'en rapporter à la requête, en présence de Mme A, interprète ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien né le 2 décembre 2001, est entré sur le territoire français depuis un an selon ses déclarations, sans être en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

3. Si M. B indique travailler depuis son arrivée en France, il n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation. Par ailleurs, M. B, qui est célibataire et sans charge de famille en France, ne fait état d'aucune ancienneté notable sur le territoire français. Dans ces conditions et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, si M. B soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas fondée sur le risque pour l'ordre public présenté par l'intéressé. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

6. Si M. B fait valoir qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et d'un domicile fixe et stable dans le département de l'Essonne depuis plus de six mois, il n'apporte pas la moindre pièce à l'appui de ses allégations. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes. Au surplus, il ressort également des pièces du dossier, que M. B, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a explicitement déclaré, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 26 juin 2024, son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis était fondé à refuser à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré résider sur le territoire français depuis à peine un an à la date de l'arrêté contesté et n'a fait état de la présence en France que d'un oncle. Dans ces conditions, et nonobstant les circonstances qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ainsi qu'il le soutient à bon droit, il ne justifie de l'existence d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis était fondé à assortir l'obligation qui lui a été faite de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour dont la durée d'une année n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 26 juin 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

J. Amar-Cid Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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