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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405887

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405887

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDOUMICHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Doumichaud, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024.579.065 du 6 mai 2024 par lequel la maire de la commune de Saint-Vrain a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Vrain de prendre, sous huitaine, toutes dispositions nécessaires pour réintégrer M. B en qualité d'ingénieur territorial et lui permettre de regagner son poste de travail, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Vrain une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté le prive, de manière immédiate, directe et certaine de sa rémunération et de la poursuite de sa carrière ; en l'absence de transmission des documents par la commune, il n'a pas pu entamer de démarches auprès de France Travail et se trouve sans rémunération depuis le 20 juin dernier ; à supposer qu'il puisse percevoir des allocations chômage, ces dernières ne représenteront que la moitié de sa rémunération au sein de la commune alors que sa fille étudiante est encore à sa charge ; au préjudice financier s'ajoute un préjudice de carrière puisque âgé de 58 ans, il aura, de manière très évidente, d'importantes difficultés à retrouver un emploi, alors qu'il devrait partir en retraite d'ici 5 ans ;

- s'agissant de l'existence d'un moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté dont la suspension est demandée :

* Il est entaché d'un détournement de procédure car le licenciement pour insuffisance professionnelle est une sanction disciplinaire déguisée ;

* Il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de convocation à un entretien préalable au licenciement ;

* Il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ; l'adresse courriel " dst@mairiesaintvrain91.fr. " a été créée avant son arrivée, sans qu'il n'en soit à l'origine et cette adresse lui a été attribuée par la commune ; il n'a rencontré sa supérieure hiérarchique que deux fois alors qu'elle lui avait promis de travailler conjointement à la réorganisation de son service et de ses missions, mais ne lui a jamais laissé l'opportunité de le faire ; le nouveau projet de bail de voirie lui paraissait totalement disproportionné et inadapté ce qui explique son refus initial de poursuivre la rédaction du projet ; il n'avait pas connaissance de l'existence de l'accord-cadre d'entretien de voirie ; la comptable, agent en charge de l'exécution de ce marché, n'avait elle-même pas connaissance de l'existence de ce marché ; contrairement à ce que soutient la commune, un tableau de suivi des contrôles périodiques obligatoires de sécurité était tenu ; l'absence de présentation sous format " Excel " ou " Word " n'emporte pas nécessairement une qualification d'insuffisance professionnelle ; la directrice générale des services ne lui a laissé aucune opportunité pour s'adapter à ses méthodes, méthodes qui semblent différer de celles des autres directeurs généraux des services qui n'ont jamais eu à redire sur le formalisme de reporting ; les carences managériales invoquées ne sont pas établies ;

* Il est entaché de disproportion ; il a exercé des fonctions de technicien territorial, puis de technicien supérieur, puis d'ingénieur territorial et notamment de directeur des services techniques au sein de plusieurs collectivités, sur une période totale de 29 ans, sans rencontrer de difficultés ;

* Le conseil de discipline a émis un avis défavorable à un licenciement pour insuffisance professionnelle le 4 avril 2024.

Des pièces complémentaires ont été produites pour le requérant, enregistrées le 24 juillet 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, la commune de Saint-Vrain conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête en référé est irrecevable dès lors que la décision de licenciement est déjà entièrement exécutée ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations, qu'il n'apporte aucune précision sur son patrimoine, la composition de son foyer, le montant de ses charges et qu'il a perçu une indemnité de licenciement de 35 910 euros le 2 juillet 2024 outre le paiement de ses jours monétisables de son compte épargne temps à hauteur de 4 200 euros et qu'il peut prétendre au versement de l'allocation de retour à l'emploi estimée à environ 1 900 euros mensuels ; en outre, M. B a attendu l'imminence de l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois pour déposer sa requête ;

- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de licenciement.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n°2405886 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024 tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Doumichaud, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures et souligne que la requête est recevable, que la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant subit la perte de la moitié de ses revenus et que la probabilité de retrouver un emploi à cinq ans de la retraite après un licenciement pour insuffisance professionnelle est très faible ;

- les observations de Me Tabone, représentant la commune de Saint-Vrain, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures et souligne que la complète exécution de la mesure de licenciement rend sans objet la demande de suspension, que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'entre le 25 juin et le 2 juillet, le requérant a perçu la somme totale de 40 110 euros et qu'aucune précision n'est apportée ni sur le patrimoine du requérant, ni sur la composition de son foyer fiscal, ni sur les charges fixes qu'il devrait assumer et insiste sur le fait que le conseil de discipline a considéré que les faits reprochés à M. B étaient établis.

La clôture de l'instruction a été reportée au 25 juillet 2024 à 18h00.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 25 juillet 2024 à 17h34.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024.579.065 du 6 mai 2024 par lequel la maire de la commune de Saint-Vrain a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle.

2. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Il est constant que la décision de licenciement a pour effet de priver M. B de la rémunération qu'il percevait au sein de la commune, laquelle s'élevait à environ 4 000 euros nets mensuels. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant a reçu le 25 juin 2024 une somme de 4 200 euros correspondant au paiement des jours monétisables de son compte épargne temps, le 2 juillet 2024 une indemnité de licenciement de 35 910 euros et qu'il peut également prétendre au versement de l'allocation de retour à l'emploi estimée mensuellement à près de 1 900 euros. En outre, M. B ne produit aucun élément sur la nature et le montant de ses charges de sorte qu'il n'est pas possible d'apprécier pleinement l'atteinte portée à ses intérêts par la décision litigieuse. Si le requérant soutient en outre que l'estimation de perte de revenus peut être chiffrée à 225 373,50 euros jusqu'en mars 2030, date d'ouverture de ses droits à la retraite, cette estimation, à la supposer établie, ne permet pas d'établir que les effets de la décision de licenciement sont de nature à caractériser une urgence à la date de la présente ordonnance. Enfin, la circonstance que le requérant ne serait pas susceptible de retrouver un emploi n'est pas établie. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Saint-Vrain.

Fait à Versailles, le 29 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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