lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LIENARD-LEANDRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2024 à 13:45, M. A B, retenu au centre de rétention administratif de Palaiseau, représenté par Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024, notifié le même jour à 16h50, par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée 5 ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pu préalablement être entendu et présenter ses observations ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Amegee greffière d'audience :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,
- les observations de Me Lienard-Leandri,
- et les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1993 à Duekoue (Côte d'ivoire), demande l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2024, par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée 5 ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions
2. Par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme C D, attachée d'administration, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. L'arrêté litigieux vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résume la situation du requérant, indiquant sa nationalité et que celui-ci a déclaré être entré en France en 2019 sans le prouver. Il précise également que ses demandes d'asiles ont été rejetées en 2021 et 2022, que son comportement trouble l'ordre public et qu'il est connu pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, exercice de l'activité de transporteur public routier sans inscription au registre et violences habituelles sur conjointe. L'arrêté mentionne aussi que l'intéressé a déclaré être le père de trois enfants, sans le démontrer. Dès lors, il est suffisamment motivé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en garde à vue le 11 juillet 2024 à la suite d'une intervention pour violences conjugales. Dans le cadre de cette procédure, le requérant a été entendu par les services de police sur sa situation personnelle et administrative et a pu présenter ses observations relatives à la perspective d'un éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En outre, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. M. B fait valoir qu'il a trois enfants sur le territoire français et allègue contribuer à leur éducation et à leur entretien. Toutefois, il n'apporte aucun élément au soutien de ses affirmations, au demeurant peu étayées. En outre, il ressort des procès-verbaux d'audition et d'interpellation qu'il est séparé de sa compagne, une compatriote en situation irrégulière, et qu'il ne dispose pas de domicile. Enfin, il ne conteste pas avoir des attaches dans son pays d'origine où vivent ses parents et ses frères et sœurs. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de la violation des articles 3 et 8 précités doivent être écartés.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le pays de destination :
8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
9. En outre, si le requérant allègue être recherché par sa famille dans son pays d'origine, au motif qu'il se serait enfui avec sa concubine sans avoir célébré un mariage religieux, il n'apporte aucun élément précis de nature à justifier qu'il serait effectivement exposé à des risques en cas de retour. A cet égard, il n'a exposé aucune de ces craintes lors de son audition en juillet 2024. En outre, ses demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 31 mars 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 23 décembre 2021. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
11. Le requérant soutient, de manière générale, que l'absence de délai de départ volontaire entraine des conséquences manifestement excessives, sans toutefois l'étayer d'explications circonstanciées. Or, il ressort des pièces du dossier qu'il ne dispose pas de domicile. En outre, il n'établit pas entretenir des liens intenses avec ses enfants, alors même qu'il est séparé de leur mère, une compatriote en situation irrégulière logée par une association. Enfin, s'il soutient que la décision contestée l'empêche de se rendre à une convocation devant le tribunal judiciaire de d'Evry le 4 décembre 2024, il dispose de la possibilité de se faire représenter par un conseil et d'informer la juridiction qu'il est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté conformément à l'article 410 du code de procédure pénale et, ainsi, d'assurer de manière effective sa défense. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-7 de ce code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'interdiction de retour d'une durée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. M. B invoque sa situation familiale et soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation. Toutefois, il a fait l'objet de trois signalements alors même qu'il indique être entré en France récemment, en 2019. En outre, il n'établit ni entretenir des liens avec ses enfants, ni être socialement ou professionnellement intégré alors qu'il admet ne pas disposer d'hébergement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Il en résulte que sa demande d'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne peut également, en tout état de cause, qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le sens du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative doivent donc être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.
Lu en audience publique le 22 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. Geismar
La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2405344
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026