lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LIENARD-LEANDRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024 à 13:01, et des pièces complémentaires enregistrées le 22 juillet 2024, M. C D, retenu au centre de rétention administratif de Palaiseau, représenté par Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6 alinéa 4 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère, en présence de Mme E, interprète en langue arabe,
- les observations de Me Lienard-Leandri.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 12 février 1994 à Constantine, demande l'annulation de l'arrêté du 14 juillet 2024 notifié le 15 juillet suivant à 11h, par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée dix ans et a fixé le pays de destination de sa reconduite.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
2. Par un arrêté n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-077 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Essonne, et produit en défense, la préfète de L'Essonne a donné délégation à M. B A, directeur de cabinet, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, qui incluent l'édiction des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
3. En premier lieu, la décision vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle résume la situation administrative du requérant, précise que son comportement constitue un trouble à l'ordre public et qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 21 juin 2023. Dès lors, elle est suffisamment motivée. A cet égard, la circonstance que la décision précise qu'il serait père d'un enfant, alors que le requérant allègue avoir deux enfants n'entache pas la décision d'une irrégularité formelle.
4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En outre, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. M. D fait valoir qu'il a deux enfants sur le territoire, une fille née le 19 mars 2023 et un fils né en février 2021. Il allègue contribuer à leur éducation et à leur entretien. Toutefois, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, au demeurant peu étayées. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé en 2020 pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été concubin, et en 2023 pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours dans ce même cadre. Il est également connu des services de police pour des faits de dégradation et d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique en 2020 et des faits de recel de bien provenant d'un vol en 2023. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier de son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de la violation des articles 3 et 8 précités doivent être écartés.
6. En troisième lieu, l'article 6 alinéa 4 de l'accord franco algérien stipule que : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4/ au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de l'enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ".
7. En l'espèce, le requérant n'établit ni qu'il a deux enfants français, ni, le cas échéant, qu'il exerce l'autorité parentale ou qu'il subvienne effectivement à leurs besoins.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 5, et bien qu'il n'ait fait l'objet que de signalements et non de condamnations, que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le pays de destination et l'absence de délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination et celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devraient être annulées en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-7 de ce code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
11. Le requérant affirme dans plusieurs documents, concordants dès ses auditions, avoir deux enfants français nés en 2021 et 2023. En outre, si M. D a fait l'objet de signalements pour des faits de violences conjugales en 2020 et 2023, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces faits aient donné lieu à des condamnations, ni même à des poursuites pénales, de même que les autres signalements évoqués par le préfet. Dès lors, il est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix années, alors même qu'il ne peut être regardé, en l'état du dossier, comme constituant une menace grave pour l'ordre public, est entachée d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête. En outre, cela implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les autres conclusions :
13. Le présent jugement, qui annule seulement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas que soit enjoint au préfet de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation. Ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative doivent donc être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 juillet 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Essonne.
Lu en audience publique le 22 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. Geismar
La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2405344
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026