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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406064

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406064

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOURE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en n'examinant pas d'office la demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. A avait sollicité son titre uniquement sur la base des articles L. 424-1 et L. 424-9. En outre, le requérant ne pouvait prétendre à une carte de résident de dix ans, sa demande d'asile ayant été rejetée par l'OFPRA et la CNDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au vu des éléments qu'il avait présentés à l'appui de sa demande de visa ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 30 juillet 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lutz, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 août 2024, en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. Lutz, magistrat désigné ;

- les observations de Me Touré, avocat désigné d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens qu'il précise ; il soutient en outre qu'il avait droit à une carte de résident de 10 ans sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de justice administrative ;

- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue peule ;

- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 13 juin 1994 à Thiaroye-sur-Mer, est entré en France le 8 février 2023 sous couvert d'un visa délivré en qualité de membre de la famille d'un réfugié. Par l'arrêté du 11 juin 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

4. Il est constant que M. A a présenté une demande de titre de séjour sur le seul fondement des dispositions des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet des Yvelines n'a pas à examiner d'office si un tel titre pouvait lui être délivré sur le fondement d'une autre disposition du même code. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis le préfet en n'examinant pas la demande de M. A sur ce fondement doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité le 23 mars 2023, pour lui-même, la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a toutefois été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 14 novembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 mars 2024. Dès lors, il ne pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le moyen soulevé à l'audience et tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En l'espèce, M. A doit être regardé comme soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. S'il est vrai que le père de M. A réside en France en qualité de réfugié et qu'il a obtenu un visa long séjour au titre de la réunification familiale, le requérant ne démontre pas que sa présence auprès de son père, qui a obtenu le statut de réfugié en France dès 1991, serait indispensable. En outre, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache au Sénégal où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Enfin, le requérant ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels, d'une part, il est marié, d'autre part, son épouse et son enfant ne vivent pas en France. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. LutzLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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