mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BLANCHETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, la commune de Mantes-la-Jolie, représentée par Me Vandepoorter, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion de l'association LFM Radio (Elles FM) et de tous les occupants de son chef qui occupent sans droit ni titre les locaux en rez-de-jardin de l'immeuble situé 1, rue Frédéric Chopin, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ainsi que l'évacuation à leurs frais et risques de l'ensemble des biens qui leur appartiennent ;
2°) l'autoriser, sans délai, à procéder à l'expulsion de l'association LFM (Elles FM) et de tous les occupants de son chef et à l'évacuation, à leurs frais et risques, de l'ensemble des biens qui leur appartiennent, au besoin avec le concours de la force publique ;
3°) de mettre à la charge de l'association LMF (Elles FM) une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente dès lors que les locaux occupés appartiennent à son domaine public ; elle est en effet propriétaire et le bâtiment occupé est affecté à l'usage de plusieurs services publics et a fait l'objet d'un aménagement indispensable ; au demeurant les locaux en litige appartiennent au domaine public en vertu de la domanialité publique globale ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la convention d'occupation dont l'association était titulaire est arrivée à échéance le 31 décembre 2023 et qu'elle a refusé de signer la nouvelle convention d'occupation de sorte qu'elle ne dispose plus d'aucun titre ;
- la mesure d'expulsion est utile afin de lui permettre de réaliser les travaux nécessaires pour accueillir à la rentrée de septembre les activités culturelles mises en place par les Ateliers Chopin ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'occupation fait obstacle aux travaux d'aménagement des locaux en vue de l'accueil des nouvelles activités culturelles proposées par les Ateliers Chopin à la rentrée de septembre 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, l'association LFM Radio (Elles FM), représentée par Me Blanchetier, conclut au rejet de la requête et à ce que la commune de Mantes-la-Jolie lui verse une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente dès lors que les locaux en litige n'appartiennent pas au domaine public de la commune ;
- la décision de modification unilatérale de la convention d'occupation est illégale et il existe donc une contestation sérieuse ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 août à 14 heures 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :
- le rapport de M. Féral, juge des référés ;
- les observations orales de Me Goachet, représentant la commune de Mantes-la-Jolie, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soutient que les locaux litigieux appartiennent au domaine public de la commune ; la domanialité publique virtuelle permet également de retenir la domanialité publique dès lors qu'ils seront affectés à un service public ; par ailleurs le bâtiment abritant les locaux fait partie d'une emprise foncière qui est clôturée et sur laquelle sont édifiés deux bâtiments affectés à des services publics ; il n'existe aucune contestation sérieuse dès lors que l'association ne dispose plus d'aucun titre et elle pouvait justifier d'un motif d'intérêt général pour mettre un terme à la convention ; l'urgence est caractérisée pour réaliser les travaux avant la rentrée scolaire ; elle pourra réaliser elle-même les travaux ;
- les observations orales de Me Blanchetier, représentant l'association LFM Radio qui reprend ses écritures et les développe ; il fait valoir que les locaux n'appartiennent pas au domaine public de sorte que la juridiction administrative est incompétente ; qu'il existe une contestation sérieuse dès lors que dans une autre procédure contentieuse elle a demandé l'annulation de la décision du maire de Mantes-la-Jolie de modification des termes de la convention d'occupation lors de la proposition de nouvelle convention d'occupation qui lui a été faite le 14 décembre 2023 ; que l'urgence et l'utilité de l'expulsion ne sont pas établies ; que la convention conclue avec le conseil supérieur de l'audiovisuel mentionne qu'un agrément préalable est nécessaire avant tout changement d'adresse ; qu'un délai de deux mois serait nécessaire pour démonter l'ensemble du matériel radiophonique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".
3. Il résulte de l'instruction que les locaux litigieux occupés par l'association LFM Radio appartiennent à la commune de Mantes-la-Jolie. Ces locaux sont imbriqués au sein d'un bâtiment de plain-pied qui abrite une ludothèque et les locaux de la médecine scolaire pour les élèves scolarisés sur le territoire de la commune. Ce bâtiment a fait l'objet des aménagements indispensables en vue de son affectation à ces services public. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la configuration des lieux, les locaux en litige seraient dissociables du reste de ce bâtiment quand bien même ils disposent d'un accès distinct de l'entrée principale du bâtiment. Dans ces conditions, les locaux en cause ne sont pas manifestement insusceptibles d'être qualifiés de dépendances du domaine public dont le contentieux relève de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, l'association LFM Radio n'est pas fondée à soutenir que le juge administratif des référés est incompétent pour statuer sur la demande d'expulsion présentée par la commune de Mantes-la-Jolie.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. En second lieu, lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire du domaine de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse. Pour apprécier la condition d'urgence, il lui incombe de prendre en compte l'ensemble des intérêts en présence tels qu'ils ressortent des arguments échangés devant lui, notamment la situation personnelle de l'occupant.
5. D'une part, l'association LFM Radio soutient que la demande d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse dès lors qu'elle a introduit devant le tribunal administratif de Versailles une requête par laquelle elle demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de la décision de rejet de son recours gracieux formé contre la proposition de convention en date du 1er janvier 2024 d'occupation des locaux litigieux et qui lui a été adressée le 14 décembre 2024 par la commune ainsi que de cette convention. Il résulte toutefois de l'instruction que l'association LFM Radio n'est plus titulaire d'aucun titre l'autorisant à occuper les locaux litigieux depuis le 31 décembre 2023, date à laquelle est arrivée à échéance la convention d'occupation conclue en juillet 2023, qui ne prévoit aucune clause de reconduction tacite. Ainsi, la circonstance que l'association LFM Radio conteste dans une autre procédure contentieuse la décision du maire de Mantes-la-Jolie de modification des termes de la convention d'occupation lors de la proposition de nouvelle convention d'occupation qui lui a été faite le 14 décembre 2023 est sans influence sur son droit à se maintenir dans les locaux au-delà du 31 décembre 2023. Par suite, la demande d'expulsion de la commune de Mantes-la-Jolie ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction que la commune de Mantes-la-Jolie a développé les activités proposées par les Ateliers Chopin, service rattaché à la direction culturelle de la commune, dont les locaux se situent à proximité immédiate du bâtiment occupé pour partie par l'association LFM Radio dès la rentrée 2023-2024 conduisant à une augmentation des adhérents. Pour la rentrée 2024-2025, le comité social territorial, le 24 juin 2024, a mis en place une nouvelle organisation des Ateliers Chopin avec augmentation de 2 à 5 agents, a défini une nouvelle programmation avec une offre culturelle renforcée et a acheté des matériels " son " et " vidéo " pour les besoins de ces activités. Ainsi, la commune requérante démontre la nécessité pour elle de disposer de nouveaux locaux pour accueillir les nouvelles activités culturelles mises en place et ses adhérents dès la rentrée prochaine et de la nécessité de procéder aux travaux nécessaires. La commune soutient, sans que cela ne soit contestée, qu'elle ne dispose pas d'autres locaux dans le quartier alors qu'elle souhaite pouvoir regrouper dans un même espace une offre élargies d'activités culturelles au sein d'un quartier dans lequel réside d'un public éloigné des structures culturelles et développer des activités transversales avec les services de la ludothèque. Si l'association requérante fait état de la convention conclue avec le conseil supérieur de l'audiovisuel et fait valoir qu'un changement d'adresse du lieu d'émission nécessite un agrément préalable du comité territorial de l'audiovisuel, il ne résulte pas de l'instruction que cet agrément ne pourrait être obtenu dans de brefs délais et qu'elle ne pourrait continuer à émettre le temps de délivrance de cet agrément. De même elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait trouver de nouveaux locaux et que les contrats aidés de ses salariés devraient être rompus. Dans ces conditions, le maintien irrégulier de l'association LFM Radio dans les lieux fait obstacle à la réalisation des travaux rendus nécessaires par le projet d'affecter les locaux aux activités culturelles dispensés par les Ateliers Chopin à compter de la rentrée scolaire 2024-2025. Par suite, tant l'urgence que l'utilité de la mesure d'expulsion demandée par la commune de Mantes-la-Jolie est justifiée.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'association LMF Radio d'évacuer les locaux qu'elle occupe irrégulièrement dans l'immeuble situé 1, rue Frédéric Chopin à Mantes-la-Jolie, à l'expiration d'un délai d'un mois, afin de lui permettre le démontage de son matériel radiophonique, suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. A défaut pour l'association LFM Radio d'avoir quitté les lieux dans le délai prescrit, le maire de la commune de Mantes-la-Jolie est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à son expulsion et à faire procéder à l'évacuation de ses biens à ses frais et risques.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la commune de Mantes-la-Jolie sur ce fondement dès lors qu'elle n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association LFM Radio la somme demandée par la commune de Mantes-la-Jolie sur ce fondement.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à l'association LFM Radio (Elles FM) de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification qui lui en sera faite de la présente ordonnance, les locaux qu'elle occupe dans le bâtiment situé 1, rue Frédéric Chopin à Mantes-la-Jolie.
Article 2 : A défaut pour l'association LFM Radio (Elles FM) d'avoir quitté les lieux dans le délai prescrit, le maire de la commune de Mantes-la-Jolie est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à son expulsion et à faire procéder à l'évacuation de ses biens à ses frais et risques.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'association LFM Radio (Elles FM) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Mantes-la-Jolie et à l'association LFM Radio (Elles FM).
Fait à Versailles, le 14 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
R. Féral
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
N°2406105
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026