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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406194

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406194

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantCABINET BOUDJELLAL SOHIL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté du 11 juillet 2024 de la préfète de l'Essonne l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé en droit et en fait, et que la préfète avait procédé à un examen complet de sa situation. Il a également écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, au motif que M. B avait été auditionné par les services de police et avait pu présenter ses observations. La décision s'appuie notamment sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 19 juillet 2024 et le 28 août 2024, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il méconnait son droit à être entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il a été édicté à la suite d'une procédure irrégulière,

- il méconnait le principe de présomption d'innocence ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 4 avril 1996, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Par un arrêté du 11 juillet 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation de M. B, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français, et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent, dès lors, être écartés.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition en date du 11 juillet 2024, que M. B a été entendu par les services de police et interrogé sur son identité, sa situation administrative et ses ressources. Il a en outre été interrogé sur l'existence éventuelle d'autres éléments qu'il aurait souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué lui faisant obligation de quitter le territoire français aurait été pris en méconnaissance du principe général du droit de se défendre, et notamment le droit d'être entendu, doit être écarté comme manquant en fait, alors en outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait disposé d'informations quant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant l'édiction de la mesure d'éloignement qu'il conteste.

5. En troisième lieu, à supposer que la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires n'ait pas été suivie, conformément aux dispositions du code de procédure pénale, de la saisine pour complément d'information du service de police ou de gendarmerie et du procureur compétents, ce vice dans les conditions de recueil d'un élément de preuve n'a affecté ni la régularité de la procédure ni même la valeur probante des données recueillies dès lors que la preuve est libre en matière de police administrative. La circonstance hypothétique que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision contestée de la préfète de l'Essonne. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté..

6. En quatrième lieu, M. B fait valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et est présent sur le territoire français depuis 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui produit des pièces, notamment sa carte individuelle d'admission à l'aide médicale valable du 10 novembre 2020 au 9 novembre 2021, un certificat de cession d'un véhicule d'occasion à son bénéfice en date du 7 novembre 2020 et une attestation d'assurance provisoire du 12 novembre 2020, attestant sa présence sur le territoire depuis au moins cette date, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis qu'il y est entré. Il ne justifie en outre d'aucune démarche de nature à établir qu'il aurait cherché à régulariser sa situation. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 10 juillet 2024 pour des faits de violation de domicile et son comportement a été signalé par les services de police le 27 décembre 2023 pour cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle et non-justification de ressources par une personne en relation habituelle avec l'auteur de crimes ou délits de trafic ou usage de stupéfiants. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, le principe de la présomption d'innocence ne fait pas obstacle à ce que la préfète de l'Essonne, pour prendre les décisions contestées, tienne compte des faits commis par M. B, alors même que le juge pénal ne s'est pas encore prononcé à leur sujet. Au demeurant, l'arrêté contesté ne constituant pas une sanction ayant le caractère d'une punition mais une mesure de police administrative, le principe de la présomption d'innocence ne peut être utilement invoqué à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît le principe de la présomption d'innocence doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne conteste pas être célibataire et sans enfant à charge, ne soutient ni n'établit par aucune pièce ni aucun autre élément posséder des attaches privées sur le territoire français. En outre, il déclare dans son audition du 11 juillet 2024 que ses parents, son frère et sa sœur vivent au Maroc. S'il soutient avoir travaillé irrégulièrement dans des marchés, il ne le démontre par aucune pièce produite au dossier. S'il produit des bulletins de salaire et des contrats de mission temporaire d'intérimaires couvrant la période de septembre 2021 à novembre 2021, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer son intégration professionnelle en France. S'il soutient être entré en France en 2020 et y résider depuis lors, il produit au soutien de ses allégations des pièces diverses, notamment deux cartes individuelles d'aide médicale d'Etat, une carte de transport, divers documents de prise en charge médicale ou bancaires, des attestations provisoires d'assurance ou une attestation d'hébergement qui n'indique pas sa durée, éléments qui ne permettent pas d'attester d'une présence habituelle sur le territoire durant toute cette période. De plus, M. B ne conteste pas ne pas être dépourvu de liens personnels ou familiaux dans son pays d'origine. En outre, ainsi que cela a été dit, M. B a fait l'objet d'une interpellation le 10 juillet 2024 pour des faits de violation de domicile. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 11 juillet 2024 de la préfète de l'Essonne est illégal. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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