lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUSQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2024 et le 11 octobre 2024, M. B D, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'abus de droit au sens de l'article L. 251-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas démontré ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Jauffret a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.M. D, ressortissant roumain et moldave né en 1994, a été interpellé le 5 juin 2024 pour conduite sous l'emprise d'un état alcoolique et placé en garde-à-vue le même jour. Par un arrêté du 6 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
2.En premier lieu, par un arrêté du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme C A, attachée d'administration d'Etat, signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer toute mesure et notamment les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3.En second lieu, l'arrêté en litige visent les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, dont les éléments sur lesquels le préfet, qui n'avait pas à les exposer dans leur totalité, s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de destination et lui faire interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4.En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. () "
5.Pour faire obligation à M. D de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne a estimé que le comportement de l'intéressé constituait, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française et qu'il ne justifiait pas d'une activité professionnelle déclarée ni d'une affiliation à l'assurance maladie et que sa présence en France était donc constitutive d'un abus de droit.
6. Pour considérer que le comportement de M. D était constitutif d'un trouble à l'ordre public et à la sécurité, le préfet a retenu que l'intéressé a été interpellé le 5 juin 2024 pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Toutefois, les faits qui lui sont reprochés, pour répréhensibles qu'ils soient, ne revêtent pas un degré de gravité tel que le comportement de M. D puisse être regardé, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, comme étant de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7.Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 5, le préfet de Seine-et-Marne s'est également fondé, pour obliger M. D à quitter le territoire français, sur la circonstance qu'il ne justifiait pas d'une activité professionnelle déclarée ni d'une affiliation à l'assurance maladie et que sa présence en France était donc constitutive d'un abus de droit. M. D a indiqué au cours de son audition par les services de police après son interpellation avoir fait des allers et retours entre la France et la Roumanie une vingtaine de fois depuis 2011 et a affirmé sans l'établir être entré en France pour la dernière fois en septembre 2023. Il a affirmé travailler de manière non déclarée et gagner entre 800 et 1 500 euros par mois, mais ne justifie devant le tribunal d'aucune ressource, et ne produit aucune attestation d'affiliation à l'assurance maladie. S'il fait état de démarches en vue de la constitution d'une société, il est constant que cette société n'était ni en cours d'activité ni même créée à la date de la décision contestée. Il en résulte que le requérant ne remplissait pas les conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un séjour en France de plus de trois mois. Le préfet de la Seine-et-Marne a par suite pu légalement, pour ce seul motif, obliger M. D à quitter le territoire français.
8. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;
9.M. D fait valoir que sa compagne, avec laquelle il doit se marier, réside en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière, de nationalité moldave, serait en situation régulière sur le territoire français, et en tout état de cause la vie commune alléguée, trois ans à la date de l'arrêté attaqué, est récente. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de Seine-et-Marne n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne le pays de destination :
10.Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision relative au pays de destination, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans.
12.Eu égard à ce qui a été exposé aux points 6 et 8 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ni que cette interdiction, qui ne fait pas par elle-même obstacle au projet de mariage qu'il invoque, porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale telle que protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, président,
M. Jauffret, premier conseiller,
M. Maitre, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.
Le rapporteur,
signé
E. Jauffret
La présidente,
signé
N. Ribeiro-MengoliLa greffière,
signé
I. De Dutto
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026