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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406331

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406331

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406331
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, Mme D B, agissant en son nom propre, et au nom de ses enfants mineurs, A B et E B, et Mme F, représentées par Me Morel, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de l'Essonne de leur octroyer sans délai un d'hébergement d'urgence correspondant à leurs besoins, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à leur verser directement en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent qu'elles se trouvent dans une situation de particulière vulnérabilité, contraintes de vivre à la rue avec deux enfants en très bas âge ; malgré les signalements multiples et les appels répétés au 115, elles ne trouvent aucune solution d'hébergement ; que le droit à l'hébergement d'urgence est une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ; que le défaut de prise en charge dans un hébergement d'urgence porte également atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ; que Mme D B est mère célibataire, et a absolument besoin de la présence et de l'aide de sa mère pour s'occuper des enfants ce qui l'a conduit à refuser deux propositions d'hébergement.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024, tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations de Me Morel, pour les requérantes, qui reprend les conclusions et moyens développés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h16.

Une note en délibéré a été présentée par la préfète de l'Essonne, enregistrée le 25 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D B et Mme C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement de ces dispositions, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. En l'espèce, les requérantes exposent qu'elles ont fait l'objet d'une expulsion le 10 juillet 2024 et qu'elles sont depuis contraintes de vivre à la rue avec les deux enfants de Mme D B nés en 2020 et 2021, qu'elles sont dans une situation d'une particulière vulnérabilité et qu'il est ainsi porté atteinte à leur droit à un hébergement d'urgence et à l'intérêt supérieur de l'enfant. Toutefois, il résulte des propres écritures des requérantes que Mme D B a refusé deux propositions d'hébergement qui lui ont été faites par les services de l'Etat depuis son expulsion pour elle et ses deux enfants. Si les requérantes font valoir que Mme C B, la grand-mère des enfants, n'a pas reçu pour sa part de proposition d'hébergement et qu'elles ne souhaitent pas être séparées dès lors notamment que Mme F prend en charge ses petits-enfants, elles n'apportent pas d'éléments caractérisant l'existence de circonstances exceptionnelles permettant de regarder Mme F comme prioritaire par rapport aux autres personnes en attente d'un hébergement. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu des propositions d'hébergement faites à Mme D B et ses enfants, il n'apparaît pas que l'absence d'hébergement des intéressées constitue, à la date de la présente ordonnance, une carence caractérisée de l'État dans sa mission d'hébergement d'urgence.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D B et Mme C B sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à Mme F, à Me Morel et à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mandate et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies à droit commun, contre les parties privées, à pourvoir à l'exécution à la présente décision.

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