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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406355

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406355

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet et 16 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de procéder dans le même délai au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain mais sur celui du pouvoir d'appréciation du préfet ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant au pouvoir d'appréciation du préfet ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité à raison de l'illégalité du refus de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'illégalité à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Yvelines, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les observations de Me Sun Troya, représentant M. B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 18 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, est entré en France le 16 octobre 2016, muni d'un visa de court séjour. Il a présenté, le 22 mai 2023, une demande tendant à son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 24 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige comporte l'indication erronée selon laquelle il avait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que sa demande a également été examinée par le préfet des Yvelines, comme il le sollicitait, sur le fondement de son pouvoir de régularisation. Le moyen d'erreur de fait doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne se prononce pas sur ses qualifications, expériences, diplômes ou sur les caractéristiques de l'emploi qu'il occupait, il y est toutefois expressément mentionné qu'après avoir procédé, dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation, à l'analyse de l'ensemble des pièces qui lui avaient été communiquées ainsi qu'à l'examen de la situation de M. B au regard de son expérience, de ses qualifications professionnelles et des spécificités de son emploi, le préfet des Yvelines a estimé que ces éléments ne constituaient pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. Dès lors, cette décision, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments ayant trait à la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

4. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige procèderait d'un examen incomplet de la situation de l'intéressé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B exerce une activité d'employé polyvalent dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein ayant une date d'effet au 1er janvier 2021 et justifie de bulletins de paie depuis cette date. Toutefois, si elle démontre une volonté sérieuse d'intégration professionnelle, la circonstance que M. B justifie, à la date de l'arrêté attaqué, occuper un emploi stable depuis plus de trois années ne saurait, à elle seule, suffire à établir qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation. La circonstance qu'il réside en France depuis le 16 octobre 2016 n'est pas davantage de nature à établir une telle erreur manifeste d'appréciation, alors en outre qu'il n'a sollicité la régularisation de sa situation qu'en 2023. Enfin, si l'intéressé indique vivre en France depuis quatre années avec sa compagne, avec laquelle il envisage de se marier, une telle circonstance ne suffit pas à caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour, alors en outre que la vie commune avec celle-ci n'est pas établie et qu'il résulte des termes non contestés de la décision attaquée qu'il dispose d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et dans lequel résident ses deux sœurs. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.

6. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré du non-respect des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens, invoqués sans développement complémentaire, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences résultant de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. Si le requérant soutient que, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Yvelines n'a pas fait état des éléments de sa situation au vu desquels il s'est prononcé au regard des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois des termes de la décision en litige que le préfet a pris en compte la circonstance que M. B a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an notifiée le 3 décembre 2020, qu'il n'a pas respecté la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet nonobstant la menace pour l'ordre public que représentait sa présence en France, qu'il n'allègue aucune modification de sa situation personnelle et familiale depuis le 3 décembre 2020, qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision ne contrevient pas aux articles 3 et 8 de cette convention. Il en résulte que le préfet des Yvelines a ainsi suffisamment motivé sa décision. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a entaché celle-ci d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 6, les moyens, invoqués sans développement complémentaire, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences résultant de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Milon, première conseillère faisant fonction de présidente,

- Mme Le Montagner, présidente honoraire,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La première conseillère faisant fonction de présidente,

Signé

A. MilonLa greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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