vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MOLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juillet et 10 octobre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B C, représenté par Me Molle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisante motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la préfète s'est bornée à indiquer qu'il n'avait pas progressé dans ses études ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande, faute d'avoir pris en compte l'ensemble de son cursus ainsi que sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du caractère sérieux de ses études au regard des critères énoncés par la circulaire du 7 octobre 2008 ;
- elle méconnaît l'article 9 de la convention franco-congolaise et l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un visa long séjour, d'une inscription dans un établissement d'enseignement et qu'il dispose des moyens d'existence suffisants pour poursuivre ses études ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est uniquement fondé sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans viser l'article 9 de la convention franco-congolaise signée le 31 juillet 1993 ni en faire application ;
- elle méconnaît les articles L. 411-4 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né en 1999, est entré en France le 5 octobre 2019, muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 3 octobre 2019 au 3 octobre 2020. L'intéressé a obtenu une carte de séjour temporaire puis, le 1er novembre 2021, une carte de séjour pluriannuelle qui a expiré le 31 octobre 2023. M. C a présenté, le 23 novembre 2023, une demande tendant au renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 25 juin 2024 dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté :
2. En premier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, notamment en ce que, pour refuser le titre de séjour, il se borne à mentionner son manque de progression dans les études, il ressort toutefois des termes de l'arrêté que la préfète a exposé, pour chacune des années scolaires suivies par M. C, les études entreprises et les résultats obtenus, ce dont elle a déduit, après avoir cité le texte dont elle a fait application, qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments ayant trait à la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, alors que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté en litige fait état de sa situation familiale et notamment de la présence de sa sœur en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il procèderait d'un examen incomplet de sa situation personnelle. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".
5. Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique " sous réserve des conventions internationales ", en vertu de son article L. 110-1. Le premier alinéa de l'article L. 422-1 du même code prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Enfin, aux termes de l'article L. 411-4 du même code : " La carte de séjour pluriannuelle a une durée de validité de quatre ans, sauf lorsqu'elle est délivrée : () 8° Aux étrangers mentionnés aux articles L. 422-1, L. 422-2 et L. 422-5 ; dans ce cas, sa durée est égale à celle restant à courir du cycle d'études dans lequel est inscrit l'étudiant, sous réserve du caractère réel et sérieux des études, apprécié au regard des éléments produits par les établissements de formation et par l'intéressé, un redoublement par cycle d'études ne remettant pas en cause, par lui-même, le caractère sérieux des études ; (). ". Aux termes de l'article R. 433-1 de ce code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code ".
6. Il résulte des stipulations précitées de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 que les articles L. 422-1, L. 411-4 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants de la République du Congo désireux de poursuivre leurs études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur en France, dont la situation est exclusivement régie par l'article 9 de cette convention.
7. Il en résulte, d'une part, que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 411-4 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit, par suite, être écarté.
8. D'autre part, en revanche, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué du 25 juin 2024 ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Toutefois, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 peuvent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, d'autre part, que l'administration disposait, en l'espèce, du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces stipulations et dispositions.
10. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 5 octobre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " et s'est inscrit en licence de physique à l'université de Bretagne Occidentale pour la période d'octobre 2019 à décembre 2019. Il a toutefois décidé de changer de cursus et s'est inscrit pour l'année scolaire 2019-2020 en licence 1 Sciences pour l'ingénieur-informatique. Si l'intéressé a validé au cours de cette année le deuxième semestre de cette licence, puis le premier semestre au cours de l'année 2020-2021, il n'a toutefois pas validé la deuxième année de cette même licence au terme de l'année scolaire 2021-2022, ni au terme de l'année suivante. M. C a décidé de changer une nouvelle fois de cursus et s'est inscrit pour l'année scolaire 2023-2024 à l'Institut Supérieur de ressources informatiques, en BTS Services Informatiques aux Organisations. Si le requérant produit un bulletin de notes dont il ressort qu'il a réussi sa première année de BTS et a été admis à passer en deuxième année, cette circonstance ne saurait à elle-seule démontrer le caractère sérieux de ses études, à supposer même que ce bulletin ait été établi à la date de la décision attaquée, alors qu'au terme de cinq années d'études en France, marquées par un cursus discontinu, deux changements d'orientation et un manque d'assiduité dans le suivi de sa scolarité, M. C avait tout au plus réussi une première année de licence en sciences pour ingénieur-informatique et une première année de BTS. Par suite, et alors même que M. C dispose de moyens d'existence suffisants et ne constitue pas une menace à l'ordre public, ce que ne conteste pas la préfète de l'Essonne, celle-ci n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 en refusant de renouveler sa carte de séjour " étudiant ".
12. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 du ministre de l'intérieur relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers, qui ne fixe pas de lignes directrices invocables devant le juge de l'excès de pouvoir.
13. En troisième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, lesquelles sont sans incidence sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la réalité et le sérieux des études poursuivies.
Sur le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
15. En l'espèce, si M. C indique entretenir des liens étroits avec sa sœur, étudiante en France, il ne l'établit pas. En outre, s'il indique vivre chez sa tante, il n'établit pas ni même n'allègue avoir noué des liens avec celle-ci. L'intéressé ne justifie pas davantage, par les pièces qu'il produit, de liens personnels solides ni d'une insertion particulière dans la société française en dépit de sa présence sur le territoire français depuis 2019. Il ressort en outre des termes de la décision attaquée, non contestés par le requérant, que celui-ci dispose d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans, et où vivent sa mère et sa fratrie. Compte tenu ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Milon, première conseillère faisant fonction de présidente,
- Mme Le Montagner, présidente honoraire,
- Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Silvani
La première conseillère faisant fonction de présidente,
Signé
A. Milon
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026