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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406458

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406458

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLANGUEDOC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2408930 du 23 juillet 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis le dossier de la requête de M. D alias E au tribunal administratif de Versailles en application des articles R. 776-15 et R. 776-16 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 au tribunal administratif de Melun, M. D, alias E, alors détenu à Fresnes puis retenu au centre de rétention administratif de Palaiseau, demande au tribunal de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle et d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par un auteur incompétent ;

- il insuffisamment motivé ;

- il méconnaît la circulaire du 8 février 1994 ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 41 de la charte des droit fondamentaux de l'Union européenne ;

- il n'a pas été informé des principaux éléments de la décision ainsi que des voies et délais de recours ;

- il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend qu'il peut demander l'assistance d'un interprète ;

- il n'a pas reçu les brochures d'informations traduites en une langue qu'il comprend et n'a pas eu d'interprète.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations et a transmis des pièces complémentaires enregistrées le 29 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Languedoc, avocat commis d'office, représentant M. D, absent, en présence de M F, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Faugeras, représentant la préfecture du Val-de-Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D H, ressortissant algérien né le 15 mars 2001, alias M. A E, né le 1er janvier 2003 au Maroc, est entré en France selon ses déclarations en 2021. Par un arrêté du 11 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a fait obligation à M. D H alias M. A E de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. M. D H, alias E, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. D H au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/02023 du 26 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du 27 juin 2024, Mme G B, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D H alias E, dont les éléments sur lesquels la préfète du Val-de-Marne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D H alias E avant de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office et de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

6. En troisième lieu, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 8 février 1994 prise en application de la loi n° 93-1027 du 24 août 1993 relative à la maîtrise de l'immigration et aux conditions d'entrée, d'accueil et de séjour des étrangers en France et de la loi n° 93-1417 du 30 décembre 1993 portant diverses dispositions relatives à la maîtrise de l'immigration et modifiant le code civil, qui sont dépourvues de caractère réglementaire. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de la circulaire précitée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. D H alias E soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. De plus, si M. D H alias E soutient avoir travaillé sur les marchés de Rungis depuis son arrivée et indique souhaiter s'intégrer en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une peine d'emprisonnement de quatre ans pour des faits de vol, d'escroquerie, de fourniture d'identités imaginaires, de violation de domicile, de vol en récidive, d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le septième jour, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

9. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D H alias E a été entendu le 16 novembre 2022 au cours d'une audition au centre pénitentiaire de Fresnes au cours de laquelle il a pu présenter toute observation utile et a été avisé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. En outre, il n'établit pas avoir été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de son droit d'être entendu. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A son arrivée au centre de rétention, l'étranger reçoit notification des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. A cette fin, il peut bénéficier d'une assistance juridique et linguistique. Lui sont notamment indiquées les conditions de recevabilité d'une demande d'asile formée en rétention prévues à l'article L. 754-1 ". Aux termes de l'article R. 744-17 du même code : " L'administration met un interprète à la disposition des étrangers maintenus en centre ou en local de rétention administrative qui ne comprennent pas le français, dans le seul cadre des procédures d'éloignement dont ils font l'objet et des demandes d'asile ". Aux termes de l'article R. 744-20 de ce code : " Pour permettre l'exercice effectif de leurs droits par les étrangers maintenus dans un centre de rétention administrative, le ministre chargé de l'immigration conclut une convention avec une ou plusieurs personnes morales ayant pour mission d'informer les étrangers et de les aider à exercer leurs droits ".

12. Si M. D H alias E soutient qu'il n'a pas bénéficié d'une assistance linguistique mise à disposition par l'administration, la méconnaissance des dispositions précitées a pour seul effet de faire obstacle à ce que le délai au terme duquel le recours contre l'arrêté attaqué est considéré comme irrecevable puisse courir, mais est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 11 juillet 2024 a été notifié à l'intéressé le 15 juillet 2024, que cet arrêté comportait les voies et délais de recours et que par sa requête rédigée alors qu'il était détenu à Fresnes, le 16 juillet 2024, il a sollicité l'assistance d'un interprète en langue arabe et de l'avocat de permanence. Par suite, le moyen tiré du fait qu'il n'a pas été informé des principaux éléments de la décision ainsi que des voies et délais de recours et qu'il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend qu'il peut demander l'assistance d'un interprète doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. D H alias E ne peut pas utilement se prévaloir du fait qu'il n'aurait pas reçu la brochure d'information pour contester l'arrêté attaqué dont l'objet est une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D H alias E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D H alias E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D H alias A E et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. C La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud,

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2406458

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