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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406475

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406475

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGAGNET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. D, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 24 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans. Le juge a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé et suffisamment motivé en droit et en fait. Il a également rejeté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, sans se prononcer sur le fond des autres moyens soulevés (notamment l'article 8 de la CEDH et l'article 3-1 de la CIDE). La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. A D, retenu au centre de rétention administratif de Plaisir, représenté par Me Gagnet, avocate commise d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Il soutient que :

Quant aux moyens communs à l'ensemble des décisions :

l'arrêté est signé par un auteur incompétent ;

- il insuffisamment motivé ;

Quant à la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droit fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Quant à la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Quant à la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Quant à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observations et a transmis des pièces complémentaires enregistrées le 31 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Gagnet qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Hafdi représentant la préfecture de Seine-Saint-Denis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 15 novembre 1979, déclare être entré en France en 2021. Par un arrêté du 24 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E F, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau du contentieux, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire, pour lui faire interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans et pour fixer le pays de destination de sa reconduite. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été entendu le 24 juillet 2024 lors d'une audition au cours de laquelle il a pu présenter toute observation utile, avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. En outre, il n'établit pas avoir été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de son droit d'être entendu. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être entré en France en 2021, et vivre à Clichy-sous-Bois en concubinage avec une ressortissante algérienne en situation régulière qui a trois enfants d'une précédente union, enfants pour lesquels il assure participer à l'entretien et l'éducation. Il produit au dossier diverses photos sur lesquelles il figure avec sa compagne et certains enfants de celle-ci, et une attestation de vie commune signée en janvier 2024 par les deux intéressés. Toutefois, s'il soutient participer à l'éducation et à l'entretien des enfants de sa compagne, il ne l'établit pas. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de violence à l'encontre de sa compagne et que cette dernière a fait part de la crainte que lui inspire le requérant et de son souhait de ne plus vivre avec lui. En outre, il ne justifie pas d'un emploi stable et d'attaches en France et indique à l'audience travailler comme livreur quand il est en France et travailler dans le bâtiment quand il est à l'étranger. De plus, il ne justifie pas de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels ou familiaux en France, ou de conditions d'existence pérennes ou d'une insertion particulièrement forte dans la société française. Dans ces conditions, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en obligeant le requérant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2024 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, comme il a été dit au point 9 du présent jugement, il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2024 fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, comme il a été dit au point 9 du présent jugement, il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

15. Pour fonder sa décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que l'intéressé représente une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes dès lors que l'intéressé est dépourvu de document de voyage en cours de validité. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en garde à vue suite à une plainte déposée par sa compagne pour des faits de violence à l'encontre de celle-ci. De plus, il est dépourvu d'un document de voyage en cours de validité. Par suite, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2024 de refus de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, comme il a été dit au point 9 du présent jugement, il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. M. D ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières, déclare être arrivé récemment en France, et il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé pour des faits de violence à l'encontre de sa compagne. Par suite, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2024 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

21. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. C Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2406475

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