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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406698

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406698

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAMOUGOU SANGALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024 au tribunal administratif de Montreuil et transmise au tribunal administratif de Versailles par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Montreuil en date du 30 juillet 2024, M. B A C, représenté par Me Amougou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que l'arrêté est entaché de défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 septembre 2024, en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Amougou représentant M. A C, présent, qui fait valoir que la procédure n'a pas été respectée car la commission d'expulsion n'a pas été consultée, que l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et que sa situation personnelle n'a pas été examinée, qu'il est arrivé en France à l'âge de 18 mois, que sa famille est en France, qu'il n'a que deux mentions à son casier judiciaire, les autres faits mentionnés par la préfecture n'ayant pas donné lieu à condamnation ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien né le 10 juin 1998 à Tunis (Tunisie) demande l'annulation de l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A C, avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré du défaut de consultation de la commission d'expulsion, l'arrêté attaqué ne prononçant pas son expulsion.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. A C fait valoir qu'il est entré avec ses parents à l'âge de 18 mois en France, où résident plusieurs membres de sa famille, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il représente une menace permanente pour l'ordre public en France. En effet, il ressort des pièces du dossier qu'il est connu défavorablement des services de police depuis 2016 pour des faits de menace réitérée de délit contre les personnes, puis de vol en réunion et extorsion, puis de détention et usage illicite de stupéfiants, puis de vol en réunion, qu'il s'est rendu coupable des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt avec circonstance aggravante, faits pour lesquels il a été condamné le 24 mai 2021 par le président du tribunal judiciaire de Paris à une peine principale de 70 heures de travail d'intérêt général, qu'il s'est ensuite rendu coupable des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité temporaire de travail n'excédant pas 8 jours aggravés par une autre circonstance, à savoir vol en réunion avec plusieurs personnes, faits pour lesquels il a été condamné à quatre ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Paris en date du 3 juin 2022, avec mandat de dépôt. Par ailleurs, il ne justifie pas de ses conditions d'insertion sociale ou professionnelle au sein de la société française et il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en obligeant M. A C à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. D Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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