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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406716

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406716

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de VERSAILLES a rejeté la requête de M. E B, ressortissant pakistanais, contestant l’arrêté du préfet du Val d’Oise du 31 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d’un an. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence de l’auteur de l’acte, de défaut de motivation et de méconnaissance du droit d’être entendu, en se fondant sur les articles L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et l’arrêté de délégation de signature régulièrement publié. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales, sans faire droit aux demandes d’annulation et d’injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. E B, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du préfet du Val d'Oise du 31 juillet 2024 l'ayant obligé de quitter le territoire français sans délai, ayant fixé son pays de destination et lui ayant fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an

2°) d'enjoindre au préfet de Val d'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100€ par jour de retard.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétence à défaut de justification d'une délégation régulière de signature ;

- elles sont insuffisamment motivées et prise sans examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux représailles qu'il encourt au Pakistan en raison de la religion chrétienne de sa concubine ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car il présente des garanties de représentation suffisantes ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en raison des craintes qu'il nourrit en cas de retour dans son pays d'origine et du fait qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet du Val d'Oise, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que ses moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- la convention relative aux statuts des réfugiés adoptée à Genève le 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lutz, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024, qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. Lutz, magistrat désigné ;

- les observations de Me Toure, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et les précise ; il soutient en outre que la décision d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'atteinte excessive qu'elle porte à sa vie privée et familiale ;

- les observations de M. B, assisté de M. A, interprète en langue ourdou ;

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant pakistanais né le 2 août 1999, soutient être arrivé en France en 2022. Il a été interpellé le 30 juillet 2024 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté préfectoral n024-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratif de la préfecture du Val d'Oise du même jour, que Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, signature de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de signature à l'effet de signer toute obligation de quitter le territoire français, toute décision fixant le pays de destination et toute décision d'interdiction de séjour sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manquent en fait et doivent être écartés.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

4. L'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut de cet examen ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné le 30 juillet 2024 par un agent de police judiciaire, en présence d'un avocat et d'un interprète en ourdou, et a été à cette occasion interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective d'un éloignement. Il a, notamment, pu faire état des craintes qu'il dit éprouver en cas de retour au Pakistan du fait de sa religion, et qu'il a également développées dans la présente requête. Dès lors, il a été mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Au demeurant, en se bornant à faire valoir que son droit à être entendu a été méconnu et qu'il aurait été empêché de présenter ses observations, sans préciser la teneur de celles-ci ni en quoi elles auraient été de nature à influer sur l'appréciation du préfet du Val d'Oise, M. B n'établit pas qu'il aurait été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche TelemOfpra produite par le préfet, que M. B a présenté une demande d'asile en France le 8 février 2023 mais que celle-ci a été rejetée par le directeur de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 15 mai 2023. Ce rejet a ensuite été confirmé par décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile le 1er août 2023, cette dernière décision ayant été notifié au requérant le 17 août 2023. Il suit de là que M. B n'a pas la qualité de réfugié et n'a pas davantage été empêché de présenter une demande en vue de se voir reconnaître ce statut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention de Genève ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Si M. B soutient, à l'appui de sa requête, qu'il encourt des risques pour sa personne en cas de retour au Pakistan du fait de la religion chrétienne de sa concubine et qu'il risque d'être tué par la famille de celle-ci, il n'assortit ces affirmations d'aucune précision, et ne produit au soutien de celles-ci aucun élément de nature à circonstancier ses craintes. Il ne justifie, en tout état de cause, d'aucun élément nouveau dont il n'aurait pas eu l'occasion de faire état devant le juge de l'asile et qui serait de nature à justifier une appréciation déjà différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour au Pakistan. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. S'il a indiqué, à cet égard, préparer un dossier en vue d'un réexamen de sa demande, il n'a produit aucune pièce ni fait état d'aucun argument nouveau à l'appui de celui-ci. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est sans enfant, qu'il ne travaille pas et il a pu préciser à l'audience que, contrairement à ce qui est indiqué dans sa requête, sa compagne n'est pas en France mais au Pakistan. S'il a en revanche fait état d'un cousin de son père résidant en France, il n'établit pas la nature ni l'intensité des liens qui le relient à lui. Dans ces conditions, le préfet n'a ni méconnu les stipulations conventionnelles invoquées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur sa vie personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, M. B a vu sa demande d'asile définitivement rejetée par arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 1er août 2023. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement qu'il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de son article L. 612-2 : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de son article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ( ) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

17. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par M. B, que celui-ci a fait l'objet d'une précédente mesure de transfert en Lituanie prononcée le 4 août 2022 et notifiée le 8 août 2022, qu'il n'a pas exécuté. M. B n'a par ailleurs présenté ni au moment de son interpellation ni ultérieurement à l'audience de document de voyage ou d'identité. S'il soutient dans sa requête disposer par ailleurs d'une adresse à laquelle l'hébergerait un ami, précision qu'il réitère à l'audience en précisant que cette personne est titulaire d'une carte de résident, il n'assortit toutefois cette allégation d'aucun justificatif, de sorte que cette adresse ne peut être considérée comme certaine. Au demeurant, il ressort de son audition administrative qu'il s'est expressément opposé à la perspective d'un éloignement vers le Pakistan. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de son article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

20. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France au plus tôt en 2022 et qu'il n'a développé aucune attache particulière en France, les seules relations dont il se prévaut en France étant un cousin de son père et un ami susceptible de l'héberger, mais dont il ne précise pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, quelle est l'intensité des liens qui les unissent. Il a par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 16 du présent jugement, déjà fait l'objet d'une procédure d'éloignement. Si M. B soutient également à l'appui de l'annulation de cette décision être exposés à des risques en cas de retour au Pakistan, il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que ceux-ci ne peuvent être regardés comme suffisamment établis. Dans ces conditions, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an, sur les cinq années qui étaient encourues, le préfet du Val d'Oise n'a pas fait de ces dispositions une inexacte application.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Lutz

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406716

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