vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406762 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SECCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Connin, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2024 :
- le rapport de M. Connin ;
- les observations de Me Secci, avocate désignée d'office représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante surinamaise née le 14 janvier 1998, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été condamnée le 8 novembre 2023 par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de trois ans d'emprisonnement délictuel pour des faits de récidive de transport, détention et acquisition non autorisées de stupéfiants, et que deux signalements avaient été précédemment émis à son encontre pour des faits similaires. Il ressort toutefois des déclarations de la requérante lors de son audition par les services de police le 29 juillet 2024, qui sont corroborées par les pièces versées au dossier, en particulier les certifcats de scolarité, qu'elle a quitté le Surinam à l'âge de deux ans pour la Guyane où elle est demeurée jusqu'en 2018, année au cours de laquelle elle est arrivée sur le territoire européen de la France. Compte tenu de la durée de son séjour en France, et alors que Mme A fait valoir qu'elle est dépourvue de toute attache au Surinam, l'arrêté attaqué porte au droit de cette dernière au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts de préservation de l'ordre public en vue desquels il a été pris. Dès lors, il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit, pour ce motif, être annulé.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 août 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
Le magistrat désigné,
signé
N. Connin
Le greffier,
Signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
N° 1901371
8
110
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026