jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TOURE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 2 août 2024, enregistrée le 5 août 2024 au greffe du tribunal, le vice-président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C E.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise le 26 juillet 2024 et des mémoires enregistrés le 5 août 2024 et le 7 août 2024, M. C E, représenté par Me Joël Tchuinté demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour le plaçant en rétention ;
3°) de condamner le préfet des Hauts-de-Seine à lui payer une somme de 3 000 euros à titre de dommage et intérêts en réparation de son préjudice ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la juridiction devait statuer selon les modalités prévues au I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non selon la procédure du magistrat désigné ;
- la notification ne respecte pas l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette notification est opposable à l'administration ; du fait de la mention dans la notification ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sera exécutoire qu'à l'issue d'un délai de trente jours, la juridiction ne pouvait statuer selon les modalités prévues à l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la juridiction n'a pas été valablement saisie ; elle aurait dû être saisie directement par l'étranger mais a été saisie par l'autorité administrative ;
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente, à défaut de délégation de signature régulière ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, étant en France depuis plus de 10 ans et du fait que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée en l'absence de procédure pénale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle, notamment du fait de son état de santé ;
- elle est entachée d'erreur de droit, les voies et délais de recours mentionnant un délai d'un mois avant qu'elle ne soit exécutoire ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision lui refusant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que ses moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Lutz, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :
- le rapport de M. Lutz, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés d'une part de l'irrecevabilité des conclusions à fins indemnitaire, qui ne relèvent pas de la compétence du magistrat désigné et qui au demeurant n'ont pas fait l'objet d'une demande préalable, et d'autre part de l'irrecevabilité des conclusions à fins d'annulation de la mesure de rétention, cette demande ne relevant pas de l'office du juge administratif mais du juge des libertés et de la détention ;
- les observations de Me Tchuinté, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et les mémoires et les précise, et soulève en outre un moyen tiré du détournement de pouvoir, le préfet ayant décidé d'éloigner M. E en raison de la procédure pénale en cours, sans attendre la décision du parquet compétent ; il formule, en outre, une demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;
- les observations de M. E, en présence de M. A, interprète en langue arabe ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant algérien né le 25 octobre 1992, soutient être entré en France en 2014 muni d'un visa Schengen à destination de l'Espagne. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté portant placement en centre de rétention administrative :
4. Aux termes de l'article L. 741-10 du code de justice administrative : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification. ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître des contestations relatives aux décision de placement d'un étranger en rétention administrative. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont irrecevables comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. D'une part, aux termes des articles L. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le recours relève du chapitre Ier du présent titre, l'affaire est jugée dans les conditions prévues au présent chapitre. " ; aux termes de son article L. 922-2 : " Le recours est jugé par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
7. Il résulte des premiers de ces textes que le magistrat délégué par la présidente du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas compétent pour statuer sur des conclusions indemnitaires. Au demeurant, ces conclusions n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalablement formée devant l'administration. Elles sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les moyens tirés de l'irrégularité de la notification, de l'irrégularité de la saisine du tribunal et de l'incompétence du magistrat désigné :
8. Aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, ces décisions peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-2. ". Aux termes de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-3, il statue dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. ".
9. Il ressort clairement des termes de la décision attaquée que M. E a fait l'objet d'une décision l'obligeant de quitter le territoire français sans délai, et il est également versé au dossier l'arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine du 24 juillet 2024 l'a placé en centre de rétention administrative. La circonstance que le feuillet de notification indiquant à M. E ses voies et délais de recours mentionne, à tort, que la décision d'obligation de quitter le territoire français ne sera exécutoire qu'à l'issue d'un délai de trente jours est, pour regrettable qu'elle soit, sans incidence quant à la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, dont l'existence ne peut être sérieusement remise en cause. Il ne saurait être pareillement remis en cause le fait que M. E a été effectivement placé en rétention administrative et qu'il appartient donc au magistrat désigné de statuer selon la procédure prévue aux dispositions précités.
10. Par ailleurs, la requête enregistrée le 5 août 2024 au tribunal de Cergy-Pontoise est signée de la main de M. E et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait été transmise par l'autorité préfectorale et non à l'initiative de M. E lui-même. En tout état de cause, la requête a été enregistrée dans le délai légal prévu à l'article L.921-3 du code de justice administrative et n'est donc entachée à cet égard d'aucune irrégularité, dont M. E n'aurait d'ailleurs aucun intérêt à se prévaloir.
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la notification, de l'irrégularité de la saisine du tribunal administratif et de l'incompétence du magistrat désigné ne peuvent qu'être écartés.
Sur les moyens communs aux différentes décisions :
12. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n°2024-27 du préfet des Hauts-de-Seine en date du 7 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit, par suite, être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".
14. L'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. La circonstance que le préfet n'ait pas mentionné dans son arrêté des considérations relatives à son état de santé ou le fait qu'il aurait deux sœurs résidant en France n'est pas de nature à entacher les décisions d'insuffisances de motivation, le préfet n'ayant pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.
16. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
17. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été auditionné le 23 juillet 2024 par un officier de police judiciaire notamment sur sa situation administrative et sur la perspective d'une mesure d'éloignement, à laquelle il s'est opposé. Il a pu à cette occasion présenter toutes observations utiles et a notamment pu faire état des considérations liées à sa situation médicale. Par suite, le moyen tiré du défaut de la méconnaissance de son droit d'être entendu manque en fait et doit être écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
19. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été blessé au thorax par arme à feu le 9 avril 2024 et a été hospitalisé jusqu'au 16 mai 2024. Il ressort de l'ordonnance de soins qu'il produit qu'il a dû recevoir des soins à domicile, et notamment des injections sous-cutanées, jusqu'au 18 juillet 2024, mais que ces soins étaient donc achevés à la date de l'arrêté attaqué. S'il est vrai qu'il a un rendez-vous programmé en consultation post-réanimation " à distance " de l'hospitalisation le 3 septembre 2024, il n'établit ni même n'allègue que ce rendez-vous, qui selon les termes de sa convocation n'est lié à aucun soin prédéterminé mais vise essentiellement à évaluer son état de santé général à distance de son opération, ne pourrait être reprogrammé en Algérie, le cas échéant auprès d'un établissement hospitalier ou d'un médecin local. Par ailleurs, si M. E indique résider en France de manière continue depuis 2014, il ne produit des pièces qu'entre 2015 et 2018, puis des bulletins de salaire à compter de 2021, de sorte qu'il n'établit pas sa résidence continue sur le territoire national. De même, s'il soutient travailler dans un restaurant de manière déclarée, il ne produit à cet égard que des bulletins de paye compris entre le 1er juin 2021 et le 31 mai 2022, et il ressort de son audition prise le même jour que l'arrêté qu'il s'est déclaré sans emploi et sans ressources, de sorte qu'il ne peut être regardé comme étant actuellement titulaire d'un emploi. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E est célibataire et sans enfants. S'il indique que deux de ses sœurs résident en France, il ne précise pas quels liens il entretient avec elles et ne démontre donc pas que sa présence auprès d'elles serait nécessaire, alors qu'il n'allègue pas être dépourvus de liens avec l'Algérie, pays où il a vécu jusqu'à au moins l'âge de 22 ans. Le préfet a en outre relevé, sans être contredit, que M. E fait l'objet de plusieurs procédures pénales pour des faits de vols aggravés, recel de vol et usage illicite de stupéfiants. Il ressort également des pièces du dossier qu'il fait actuellement l'objet d'une procédure pénale pour viol, dont l'enquête était en cours à la date de la décision. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, porté à son droit à la vie privée et familiale d'atteinte disproportionné au regard des motifs pour lesquels cette décision a été prise, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
20. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le procureur de la République de Nanterre était à l'initiative de la procédure diligentée du chef de viol suivie contre M. E et a été informée de sa mesure de garde à vue. Il ne ressort en revanche d'aucune pièce du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine ait entendu réprimer par ses décisions les faits de viols reprochés à M. E ni ait pris sa décision pour d'autres buts étrangers aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir manque en fait et ne peut qu'être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
22. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 18 et 19 du présent jugement, et alors que M. E n'allègue au demeurant pas être exposé à un risque de mauvais traitement en Algérie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :
23. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.
25. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de son article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
26. Ainsi qu'il a été dit au point 19 du présent jugement, M. E n'établit pas la date de son entrée ni la durée de son séjour en France et ne présente pas d'attaches fortes sur le territoire national. Il ne démontre pas, non plus, la nécessité de continuer à suivre des soins en France. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il avait déjà fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français le 30 août 2017, qui est demeurée inexécutée. Dans ces conditions et eu égard à la menace qu'il représente à l'ordre public, également rappelée au point 19 de ce jugement, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé, en fixant une interdiction de séjour pour une durée limite à un an sur les cinq années qui étaient encourues.
27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. Lutz
La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406763
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026