vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Urgences |
| Avocat requérant | CANDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 août 2024 et le 8 août 2024, M. F G et M. D E, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a mis en demeure les citoyens français itinérants stationnés illégalement sur la parcelle cadastrée 52 et 53 route de l'Ouye à Dourdan de quitter les lieux dans un délai de 24 heures ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale et méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en raison de l'illégalité de l'arrêté du maire de Dourdan du 15 septembre 2021 interdisant le stationnement des gens du voyage hors les aires aménagées sur le territoire de cette commune dès lors le maire de Dourdan n'avait pas compétence pour prendre un tel arrêté relevant de la seule compétence du président de la communauté de communes du Dourdanais en Hurepoix, qui exerçait les pouvoirs de police des gens du voyage, en application de l'article L. 5211-9-2-I du code général des collectivités territoriales dans la mesure où l'arrêté du 29 décembre 2020 par lequel le président de cet EPCI a renoncé à l'exercice de ses pouvoirs de police spécial des gens du voyage n'est pas exécutoire faute d'avoir été publié et transmis au contrôle de la légalité ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques ; le seul caractère irrégulier d'un stationnement de gens du voyage, ou la circonstance que ce stationnement ne se réalise pas sur une aire d'accueil autorisée, ne porte pas en soi atteinte à ces valeurs protégées ; le branchement d'eau est réalisé sur une seule entrée d'une borne incendie et d'autres bornes non utilisées sont disponibles à proximité ; les caravanes sont toutes équipées de sanitaires et les eaux usées sont stockées puis vidées dans des lieux adaptés au réseau d'assainissement ; les déchets ne sont pas laissés sur place ; si le branchement électrique est illicite, il ne caractérise pas pour autant une atteinte à la sécurité publique ; un câble professionnel est branché de façon sécurisée sur un coffret EDF en bordure de terrain et les caravanes sont reliées à un boitier relais professionnel et sécurisé, muni d'un différentiel, de disjoncteurs et de prises de terre ;
- le délai de vingt-quatre heures qui est laissé aux occupants pour quitter les lieux est insuffisant ; il n'existe aucune urgence justifiant un délai aussi court alors qu'il n'existe aucune aire de passage libre et acceptable dans le secteur et que quatre membres du groupe doivent bénéficier de soins ;
Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 8 août 2024, M. A B, s'associe aux moyens et conclusions de la requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 9 août 2024 à 9h30 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. B qui insiste sur la nécessité pour le groupe dont il fait partie de stationner en région parisienne en raison du suivi médical en cours pour de graves pathologies affectant plusieurs membres de la communauté ; qui indique être à la recherche d'un dialogue avec le propriétaire du terrain et les autorités pour un accord amiable ; qui fait état de ce que depuis leur installation, il ne peut leur être reproché aucune atteinte à la sécurité ou la salubrité publique dès lors notamment qu'ils utilisent le tout à l'égout situé à proximité immédiate du terrain pour vidanger les toilettes, qu'ils déposent leurs ordures dans les bennes prévues à cet effet disponible sur le territoire communal et que des bennes ont d'ailleurs été récemment déposées à proximité immédiate de leur installation ;
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 août 2024, un groupe de gens du voyage d'environ 35 adultes et une quinzaine d'enfants occupants 29 caravanes, se sont installés sur un terrain privé situé route de l'Ouye à Dourdan. Par un arrêté du 5 août 2024, la préfète de l'Essonne a mis en demeure les citoyens français itinérants stationnés illégalement sur ce terrain de quitter les lieux dans un délai de 24 heures sur le fondement du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000. M. G et M. E demandent au tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, d'annuler cet arrêté.
2. Il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de M. A B, occupant du terrain dont l'évacuation est ordonnée par l'arrêté en litige.
3. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ".
4. Pour motiver la décision en litige, la préfète de l'Essonne s'est fondée d'une part sur l'atteinte à la salubrité publique dès lors qu'" aucun dispositif d'arrivée d'eau, d'électricité, de toilettes, d'évacuation pour le rejet des eaux usées et pour le ramassage des ordures ménagères adaptée à cette situation n'existe sur le site ". S'il ressort effectivement du procès-verbal de gendarmerie du 4 août 2024, que les gens du voyage occupent un terrain agricole en jachère sur lequel il n'existe aucun sanitaire ni convention de ramassage des ordures ménagères, ce constat n'est accompagné d'aucun élément de nature à étayer l'existence d'une atteinte effective à la salubrité publique à la date de la décision attaquée, alors que les requérants font état des capacités suffisantes des installations sanitaires dont leurs caravanes sont équipées et indiquent, sans être contredits, qu'ils sont en mesure de vidanger ces installations dans une bouche de tout à l'égout située à proximité du terrain dont ils produisent une photographie. De même, il ressort des éléments produits par les requérants que deux conteneurs poubelles sont installés à proximité permettant le dépôt des ordures ménagères tandis qu'il n'est pas contredit par le préfet qu'aucun dépôt d'ordure n'a été constaté sur le terrain occupé ou à proximité. Enfin, il est constant que les requérants ont accès l'eau potable à l'aide d'un raccordement sur une seule des trois entrées d'une bouche à incendie située à proximité, dont il n'est pas contesté qu'il ne traverse pas les voies publiques.
5. Si la préfète de l'Essonne s'est également fondée d'autre part sur l'atteinte à la sécurité publique dans la mesure où " les occupants illicites s'approvisionnent en électricité par des branchements dit sauvages sur une boîtier électrique appartenant à la commune ", il ressort toutefois des termes mêmes du procès-verbal de gendarmerie précitée qui ne comporte qu'une seule photographie du branchement principal sur un coffret EDF, dont l'aspect est sécurisé, qu'il n'existe pas de risque d'électrocution pour autrui ni de risque immédiat d'incendie. Les requérants produisent plusieurs photographies de l'installation électrique réalisée à l'aide de boitiers conçus pour un usage extérieur et munis de disjoncteurs différentiels. Il ne ressort ainsi d'aucune pièce produite par la préfète de l'Essonne que les modalités de cette installation électrique, quoique réalisée de manière " sauvage ", présente un risque pour la sécurité des personnes. De même, ainsi qu'il ressort des photographiques produites, le branchement sur la borne incendie tel qu'il est réalisé ne fait pas obstacle à son utilisation par les sapeurs-pompiers.
6. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est soutenu par la préfète de l'Essonne, que l'installation en cause, sur un terrain situé en zone agricole sans établissement ni habitation à proximité, serait de nature à porter atteinte à la tranquillité publique.
7. Par conséquent, les requérants sont fondés à soutenir qu'en l'absence de démonstration de ce que leur stationnement illicite était, à la date de la décision attaquée, de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, la préfète de l'Essonne ne pouvait légalement les mettre en demeure de quitter les lieux dans un délai de 24h. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué du 5 août 2024 doit être annulé.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention volontaire de M. A B est admise.
Article 2 : L'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a mis en demeure les citoyens français itinérants stationnés illégalement sur la parcelle cadastrée 52 et 53 route de l'Ouye à Dourdan de quitter les lieux dans un délai de 24 heures est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F G, M. D E, à M. A B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
signé
B. C
La greffière
signé
N. Gilbert
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026