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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406886

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406886

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSECCI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles annule l'arrêté du 6 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne avait ordonné le transfert de Mme B, ressortissante mauritanienne, aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile. Le juge estime que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'utilisant pas la clause dérogatoire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Cette décision est motivée par les attaches familiales solides de la requérante en France (père, frères, sœur de nationalité française) et l'absence de tout lien avec l'Espagne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Elle soutient que la préfète de l'Essonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de l'opportunité de faire application des dispositions dérogatoires de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Des pièces, enregistrées le 13 août 2024, ont été produites par la préfète de l'Essonne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Connin, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2024 :

- le rapport de M. Connin ;

- les observations de Me Secci, avocate désignée d'office représentant Mme B, présente, assistée de Mme C, interprète en langue soninke, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par le même moyen ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante mauritanienne née le 21 décembre 1987, a déposé une demande d'asile le 8 juillet 2024 au guichet unique de la préfecture de l'Essonne. Par un arrêté du 6 août 2024, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mariée et qu'elle a cinq enfants. Son époux et trois de ses enfants résident en Mauritanie, tandis que ses deux autres enfants sont en France à ses côtés. La sœur et les deux frères de Mme B sont de nationalité française, et son père, titulaire d'une carte de résident, vit en France. Elle est hébergée chez l'un de ses frères et soutient, sans être contredite, avoir quelques notions de français mais ne pas comprendre l'espagnol. La requérante est par ailleurs dépourvue de toute attache en Espagne. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la préfète de l'Essonne a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions dérogatoires de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 août 2024 de la préfète de l'Essonne.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 août 2024 de la préfète de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

N. Connin

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

8

14

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