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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406910

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406910

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBEGUIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le maire de Trappes avait prononcé une exclusion temporaire de deux ans à l'encontre de M. C, attaché territorial. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, notamment en raison du recrutement prochain de l'agent par une autre commune, et que les moyens soulevés, tirés de l'irrégularité de la procédure disciplinaire et du caractère disproportionné de la sanction, n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée, et M. C a été condamné à verser 1 500 euros à la commune au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 et le 22 août 2024, M. D C, représenté par Me Piquot-Joly, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le maire de Trappes a prononcé à son encontre la mesure de l'exclusion temporaire de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la commune de lui verser son traitement ;

3°) de mettre à la charge la commune la somme de 5000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car il n'aura pas accès à un revenu de remplacement ; il a trois enfants dont deux à charge et les revenus restant ne lui permettront pas de couvrir ses charges ;

- la condition du doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie car le conseil de discipline était partial ; Mme E était son élue de rattachement et donc une émanation de l'autorité sollicitant la sanction ; elle a fait pression sur un témoin potentiel pour le dissuader de témoigner ; la décision est insuffisamment motivée s'agissant des griefs retenus; les faits reprochés ne sont pas constitués ni fautifs ; la sanction est disproportionnée ; le dossier ne lui a pas été intégralement remis.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024, la commune de Trappes, représentée par Me Béguin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les conditions d'urgence et du doute sérieux quant à la légalité de la décision ne sont pas remplies.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2406909 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 23 août 2024 à 11h00, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Piquot Joly, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que les conditions de sa suspension n'étaient pas légales en l'absence de poursuites pénales ; que la privation de revenus a de lourdes conséquences sur sa situation au regard des charges de son foyer ; qu'il n'établit que son recrutement par la commune de Coignières entraînera un retrait de la décision, le maire n'ayant pas compétence pour retirer une décision du maire de Trappes et il ne pourra pas percevoir de traitement avant son recrutement, le 7 septembre 2024 ; que les participants au conseil de discipline n'étaient pas impartiaux et que l'intervention du maire et de sa première adjointe auprès d'un témoin n'est pas contestée ; que certains échanges entre Mme A et M. B ne figuraient pas dans le dossier disciplinaire et que ce dernier est donc incomplet ; qu'il n'a plus les moyens de s'assurer de la réalité de ces échanges ; qu'aucun professionnel ne s'est plaint de son comportement lors de son déplacement à Nantes ; qu'il n'était pas en état d'ivresse le soir de l'incident qui lui est reproché et que ces faits ont eu lieu lors d'une soirée privée ; qu'ils ne sont pas établis et ont été écartés par le conseil de discipline ; que sa personnalité et son management sont connus depuis plus de 16 ans et ne lui ont pas été reprochés antérieurement ; que s'il prend ses fonctions le 7 septembre, il ne sera rémunéré qu'à la fin du mois ;

-les observations de Me Zadet représentant la commune de Trappes, qui persiste dans ses conclusions et fait valoir qu'une enquête administrative a été conduite en avril et mai 2024 ; qu'il n'y a pas d'urgence car M. C a été recruté par la commune de Coignières à compter du 7 septembre 2024, que la décision en litige pourra être retirée et qu'il ne subira pas de perte de rémunération ; qu'aucune information n'est communiquée sur sa situation financière et l'éventuelle disposition d'une épargne ; que Mme E n'est pas intervenue dans la procédure avant de siéger au conseil de discipline ; que la plainte déposée pour subornation de témoin est postérieure à la sanction ; qu'il n'est pas nécessaire de motiver spécifiquement le fait de ne pas suivre l'avis du conseil de discipline ; que le seul message cité dans le rapport d'enquête figurait dans le dossier et qu'il n'a pas demandé communication des autres, lesquels n'ont pas été utilisés par l'autorité disciplinaire ; que la matérialité et la gravité des faits survenus à Nantes est établie et n'est pas admissible, particulièrement pour un agent de catégorie A ; que les témoignages ne sont pas motivés par des intérêts personnels ; que la commune doit protéger ses agents.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 12h57.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, attaché principal territorial auprès de la Commune de Trappes depuis 2016, y exerçait les fonctions de directeur d'une salle de spectacle municipale. Il a fait l'objet de deux mesures de suspension les 23 janvier et 23 mai 2024. Il a été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire par un courrier du 3 juin 2024, lui indiquant qu'une exclusion temporaire de fonctions de deux ans était envisagée à son encontre. Le conseil de discipline s'est réuni le 24 juin 2024 et a proposé à l'unanimité de retenir la sanction de l'exclusion temporaire de fonction de deux ans dont une année assortie de sursis. Le 1er juillet 2024, le maire de Trappes a pris à l'encontre de M. C la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions de deux ans. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de ce dernier arrêté sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

3. S'il est constant que M. C fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonction de deux ans qui lui a été notifiée le 11 juillet 2024 et qu'il est privé depuis cette date de rémunération, il est constant également que, après que le requérant a demandé sa mutation le 7 juin 2024, il a été recruté par la commune de Coignières pour y exercer de nouvelles fonctions à compter du 7 septembre 2024. Si M. C, qui ne conteste pas que sa prise de poste sera effective à cette date, soutient qu'il ne sera pas rémunéré avant la fin du mois de septembre 2024 et que la seule rémunération de sa compagne ne suffit pas à subvenir aux charges de son foyer, il n'apporte, ainsi que l'a relevé la commune de Trappes, aucun élément sur sa trésorerie et notamment l'existence éventuelle d'une épargne qui lui permettrait de faire face à ses charges avant qu'il ne perçoive un traitement à la commune de Coignières. Au regard des éléments qu'il apporte, M. C ne justifie donc pas d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Trappes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que la commune de Trappes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Trappes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et à la commune de Trappes.

Fait à Versailles, le 28 août 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406910

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