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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406989

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406989

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSECCI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui demandait l’annulation de l’arrêté préfectoral du 25 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le juge a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, compte tenu des condamnations pénales de l’intéressé pour violences et outrages, et de l’absence de preuve d’une contribution effective à l’entretien des enfants de son épouse. La solution retenue repose sur l’appréciation des faits au regard de l’ordre public et des stipulations conventionnelles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Connin, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2024 :

- le rapport de M. Connin ;

- les observations de Me Secci, avocate désignée d'office représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 21 mars 1985, a déclaré être entré en France en 2004. Par un arrêté du 25 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. M. B fait valoir qu'il est marié depuis 2016 avec une Française, laquelle a trois enfants de quatorze, vingt-cinq et vingt-huit ans. Toutefois, il n'apporte aucune pièce susceptible d'établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants de sa conjointe, dont deux sont au demeurant majeurs. Il ressort en outre des pièces du dossier que treize signalements ont été émis à l'encontre du requérant entre 2012 et 2018, notamment pour des faits de vols et de violence, et qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny le 1er février 2018 à une peine d'un an d'emprisonnement délictuel dont quatre mois avec sursis et mise à l'épreuve de deux ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme ayant entraîné une incapacité n'excédant pas huit jours, puis le 28 mai 2024 à une peine d'un an d'emprisonnement délictuel dont quatre mois avec sursis probatoire de deux ans pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, détention non autorisée de stupéfiants et récidive de violence avec usage ou menace d'une arme n'ayant entraîné aucune incapacité. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et nonobstant l'ancienneté alléguée de sa présence sur le territoire français, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts de préservation de l'ordre public en vue desquels il a été pris. Par suite, il ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2024 de la préfète de l'Essonne.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

N. Connin

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

8

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