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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407005

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407005

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407005
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantYAMOVA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B A visant à suspendre la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne justifiant pas de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire immédiate, alors même que le refus de délivrance d'un récépissé est contesté. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner l'atteinte grave et manifestement illégale aux libertés invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M. B A, représenté par Me Yamova, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer, dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, le titre de séjour " jeune majeur ", " vie privée et familiale ", " passeport talent famille " ou pour le moins un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la délivrance d'un récépissé est expressément prévue aux articles R. 311-4 et R. 311-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le refus de délivrance d'un tel récépissé constitue une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et son droit à poursuivre ses études ; sa dernière année d'études devant obligatoirement être réalisée à l'étranger, le refus de délivrance d'un récépissé préjudicie à la poursuite de sa scolarité et met en péril son avenir professionnel ;

- le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la poursuite et à la réussite de ses études supérieures protégé par l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme, à l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à l'article 2 du protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ce refus porte également un atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir garantie par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Ghiandoni pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et l'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; /3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a déposé, entre 2021 et 2022, deux demandes de titre de séjour auprès de la préfecture de l'Essonne en qualité de " jeune majeur " dont l'une a été classée sans suite et la seconde a été supprimée à sa demande. Il a ensuite déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 26 juillet 2022 via la plateforme " démarches simplifiées ". Par la requête visée ci-dessus, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet qui serait née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, un récépissé de sa demande de titre de séjour.

5. M. A se borne toutefois à produire l'attestation de dépôt de sa demande générée par le site de l'administration numérique des étrangers en France le 6 juillet 2024 qui indique " état du dossier : déposé, en attente d'examen par l'administration ". Il ne démontre ainsi pas que sa demande de titre de séjour était complète. Il ne peut dès lors se prévaloir de l'existence d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour et ne démontre, en outre, pas qu'il remplit les conditions prévues par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir la délivrance d'un récépissé.

6. En outre, afin d'établir l'urgence, le requérant soutient, d'une part, que la régularisation de sa situation administrative est indispensable à la poursuite de ses études supérieures au sein de l'Ecole Epitech où il poursuit un cursus dont la dernière année, qu'il doit effectuer à compter de la rentrée 2024-2025, doit être réalisée à l'étranger. Le caractère irrégulier du séjour en France de M. A ne fait toutefois pas obstacle à la poursuite de ses études à l'étranger. En outre, l'attestation du directeur pédagogique du cycle Bachelor de l'école Epitech produite par le requérant ne comporte aucune précision quant aux conséquences sur la scolarité du requérant de son impossibilité de réaliser une année d'études à l'étranger à compter de la rentrée prochaine. Enfin, si le requérant soutient que le silence gardé par l'administration sur sa demande de titre de séjour le place dans une situation de précarité, il ne démontre pas la réalité de ses allégations alors qu'il est constant qu'il réside au domicile de ses parents. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans le cadre de la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 14 août 2024.

La juge des référés,

signé

S. Ghiandoni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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