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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407102

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407102

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTEFFO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 9 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Teffo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il exerce une activité professionnelle et que son comportement ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024 après la clôture automatique de l'instruction, présenté par la préfète de l'Essonne, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier d'audience, le rapport de Mme Marc, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 20 avril 1998, déclare être entré en France en 2019. Par un arrêté du 14 août 2024, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D A. Si, en l'espèce, l'arrêté attaqué ne comporte pas l'indication de la qualité de la signataire, ses nom et prénom y figurent clairement, permettant de l'identifier par ces seules mentions. Il ressort des pièces versées au dossier que cette dernière, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 076 du même jour de la préfecture de l'Essonne, reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi que la préfète ou les autres agents bénéficiant d'une telle délégation de signature n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays de renvoi et lui faire interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces versées au dossier que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Pour décider d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne s'est fondée sur la circonstance que M. C ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, faisant ainsi application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, à supposer même que le comportement du requérant ne troublerait pas l'ordre public, la préfète de l'Essonne aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur ce motif. Au demeurant, le requérant se borne à produire, au soutien de la démonstration de son intégration sur le territoire français, quelques bulletins de paie en qualité de stagiaire, pour les mois d'octobre et novembre 2019, avril, juin, et juillet 2020, puis en qualité d'intérimaire à compter du mois d'octobre 2020 jusqu'en février 2024, sans continuité toutefois, puis d'un emploi en qualité de grutier pour l'entreprise Bati Tec depuis le mois de mars 2024, sans verser au dossier néanmoins de contrat de travail y afférant. En outre, il ne justifie ni même n'allègue avoir tissé sur le territoire français des liens personnels. Par suite, compte-tenu de l'ensemble de ces circonstances, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France irrégulièrement en 2019 selon ses déclarations, n'a pas effectué des démarches afin de régulariser sa situation administrative, en particulier en vue de la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la préfète de l'Essonne a pu légalement, pour ces motifs, estimer que le risque de fuite était établi et refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En sixième lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-7 de ce code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée portant interdiction de retour qu'elle vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la date d'entrée sur le territoire français et les circonstances du séjour de M. C, notamment la circonstance qu'il n'établit aucune insertion dans la société française en dehors de son insertion professionnelle. Par ailleurs, M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires qui impliqueraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, la préfète de l'Essonne n'a pas, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Hecht, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. Marc

Le président,

signé

P. OuardesLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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