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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407115

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407115

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2024, M. B A, représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer l'attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens soulevés à l'encontre de toutes les décisions :

- l'arrêté litigieux a été signé par un auteur incompétent ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la Convention de Genève ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui a versé le 27 août 2024 des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 18 juin 1971, est entré sur le territoire français le 30 janvier 2022 selon ses allégations. Il a sollicité le 29 juillet 2022 le bénéfice du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 11 août 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). M. A a déposé une demande de réexamen le 10 juin 2024, demande qui a été clôturée par l'OFPRA le 10 juin 2024. Il a enfin déposé une deuxième demande de réexamen le 10 juin 2024, également rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 17 juillet 2024. Par un arrêté du 12 août 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer l'attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. C, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté n° 78-2024-06-17-00002 du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, notamment ses déclarations sur sa situation familiale. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire prise par le préfet des Yvelines porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et souffre d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France à l'âge de 50 ans et qu'il allègue que son épouse et ses cinq enfants résident dans son pays d'origine, tandis qu'aucun membre de famille proche n'est présent sur le territoire. En outre, s'il se prévaut d'articles de presse généraux sur la situation des personnes homosexuelles au Sénégal, ainsi que d'un projet de loi en préparation dans ce pays, ces éléments sont sans incidence sur l'atteinte que porterait la décision en litige à son droit à une vie privée et familiale. Par suite, la décision du préfet des Yvelines ne peut être regardée comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. A fait valoir, à l'appui de sa requête, qu'en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il encourt des risques pour sa personne en cas de retour au Sénégal où il a subi des mauvais traitements et menaces en raison de son orientation sexuelle, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait, pour sa situation personnelle, le retour dans son pays d'origine, alors que l'OFPRA a rejeté sa première demande par une décision du 29 juillet 2022, a clôturé sa demande de réexamen par une décision du 10 juin 2024, et a rejeté sa deuxième demande de réexamen comme irrecevable par une décision du 17 juillet 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en l'absence d'éléments circonstanciés et propres à sa situation personnelle, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Fraisseix, premier conseiller,

M. Hecht, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Hecht

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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