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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407121

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407121

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2024, M. C B, représenté par Me Pouget, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer un récépissé de carte de séjour, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer en l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'arrêté a été signé par un auteur incompétent ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les articles L. 424-9 et L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle relève d'une situation lui permettant d'obtenir un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît les article 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des autres décisions contenues dans l'arrêté en litige :

- ces décisions sont illégales dès lors qu'elles reposent sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiqué au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit d'observation en défense mais a versé des pièces au dossier le 19 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- et les observations de Me Pouget, représentant M. B,

- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré a été enregistrée le 5 novembre 2024 pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 4 mars 1992, déclare être entré en France le 20 mars 2022. Il a sollicité le 30 mars 2022 son admission au séjour au titre des articles L. 424-9 et L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a déposé le 9 décembre 2022 une demande d'asile qui a été rejetée le 13 mars 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 mars 2024. Par un arrêté du 30 juillet 2024, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-06-17-00002 du 17 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°78-2024-210 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme A, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 424-9, L. 424 (1°) et L. 611-1 (4°), et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment son identité, et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui est dépourvue de caractère réglementaire. Au surplus, si M. B soutient qu'il a déposé une demande de réexamen de demande d'asile auprès de l'OFPRA, il n'assortit cette allégation d'aucune preuve.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Et aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée a été prise en réponse à la demande d'admission au séjour au titre de l'asile présentée par M. B. Dès lors que le bénéfice de la protection subsidiaire ou la reconnaissance de la qualité de réfugié lui a été refusé ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, le préfet des Yvelines était tenu de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 ou de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient qu'il peut se voir délivrer un titre de séjour sur un autre fondement, il n'apporte pas, à l'appui de ce moyen, suffisamment de précisions pour permettre au tribunal d'en apprécier le bienfondé. Par suite, ce moyen doit être rejeté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

10. Si M. B soutient qu'il a construit des attaches significatives sur le territoire français depuis son arrivée en France, il n'apporte aucun élément de nature à établir ses allégations. Dès lors, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

11. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait, ce moyen non étayé, et qui n'est justifié par aucune pièce, ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention précitée : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. La décision attaquée par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B n'a ni pour objet, ni pour effet de la renvoyer dans son pays d'origine. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions pour en contester la légalité.

Sur les autres décisions :

14. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

15. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il serait soumis à des traitement dégradants et inhumains en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit ce moyen d'aucun argument relatif notamment à la nature des risques auxquels il serait exposé, alors que l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile le 13 mars 2023, décision confirmée par la CNDA le 29 mars 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 30 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Fraisseix, premier conseiller,

M. Hecht, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Hecht

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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