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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407168

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407168

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ou, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et un formulaire de demande d'asile.

Il soutient que :

- il craint de subir des persécutions dans son pays d'origine, où il a subi des tortures et a été détenu en raison de sa participation à des manifestations organisées en protestation contre les actes commis par les autorités militaires du Sri Lanka et à des rassemblements tendant à la commémoration de la journée des martyrs ;

- son cousin est présent sur le territoire français.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observations, mais qui a versé des pièces enregistrées le 5 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son article 53-1 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Sidibe, avocat désigné d'office, représentant M. C, présent, assisté de M. A, interprète en langue tamoul, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'il ne parle pas l'allemand et ne dispose d'aucune attache en Autriche tandis que ses amis, présents en France, sont susceptibles de l'accompagner dans ses démarches administratives relatives au dépôt d'une demande d'asile, ces circonstances justifiant que les autorités françaises examinent sa demande de protection internationale, par dérogation aux dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et en application de la clause discrétionnaire mentionnée à l'article 17 de ce même règlement ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 3 février 2003 à Jaffna, a sollicité, le 17 juin 2024, son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfète de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système " Eurodac " a révélé que M. C a sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes le 26 mars 2024. Saisies d'une demande de reprise en charge de M. C le 21 juin 2024, les autorités autrichiennes ont accepté cette requête, le 24 juin 2024. Par un arrêté du 7 août 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

3. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. M. C soutient que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat. Il soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison des maltraitances qu'il y a subies. Toutefois, si M. C fait valoir qu'il a de la famille présente sur le territoire français, en particulier son cousin, ainsi que des amis, il n'établit toutefois pas l'intensité de ses relations familiales et amicales ni davantage la nécessité de sa présence à leurs côtés. Par ailleurs, s'il évoque le risque d'être renvoyé vers un pays tiers pratiquant des traitements inhumains et dégradants, à savoir son pays d'origine le Sri Lanka, un tel moyen est inopérant à l'égard de l'arrêté en litige qui se borne à prononcer son transfert vers l'Autriche. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peuvent qu'être écartés.

5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C doit être regardé comme soulevant la méconnaissance de ces stipulations en faisant valoir que son cousin est présent en France. Toutefois, il n'établit toutefois pas l'intensité de leurs relations ni la nécessité de sa présence à ses côtés. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment du résumé de l'entretien individuel du 17 juin 2024, produit par la préfète de l'Essonne, que M. C est célibataire et sans charge de famille. Enfin, il ne justifie pas de liens qu'il aurait noués sur le territoire français, où sa présence demeure très récente, ni d'une démarche d'insertion particulière. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation, et en tout état de cause la suspension, de l'arrêté du 7 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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