lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | POIRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août et le 6 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Poirier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Poirier, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
-l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
-il est insuffisamment motivé ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 611-1 et suivants du code et de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour avant son interpellation et l'édiction de la décision attaquée ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation.
Un mémoire en défense a été enregistré pour la préfète de l'Essonne le 15 novembre2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier :
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 en présence de M. Rion, greffier d'audience :
- le rapport de M. Hecht,
- et les observations de Me El Hamel, substituant Me Poirier, représentant M. C,
- la préfète n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant burkinabé né le 19 mai 1983, déclare être entré sur le territoire français en 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 16 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 076 du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme A, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 611-1, L.611-3, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, la circonstance qu'il a été interpellé le 16 juillet 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis et faux dans un document administratif, et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine, le Burkina-Faso. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation de l'arrêté attaqué serait insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".
5. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui vise globalement l'article L. 611-1 précité, que la décision portant obligation de quitter le territoire repose, en premier lieu, sur la circonstance que M. C ne justifie, ni même n'allègue, ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ou être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ainsi que le prévoient les dispositions du 1° dudit article L. 611-1. Ce motif justifie, à lui seul, la décision d'obligation de quitter le territoire français et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces motifs. Dès lors, si M. C est fondé à faire valoir que l'arrêté en litige mentionne de manière erronée qu'il n'a effectué aucune démarche administrative pour régulariser sa situation, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale, ou pour des motifs exceptionnels, le 17 juillet 2024, soit antérieurement à la décision attaquée, toutefois il y a lieu de neutraliser ce motif illégal. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté, ainsi que celui tiré de la méconnaissance des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. C soutient qu'il réside en France avec sa compagne et leurs deux enfants, nés respectivement en 2021 et 2024 et qu'il y occupe un emploi. Toutefois, d'une part, il n'apporte pas, à l'appui de sa requête, d'éléments suffisants permettant d'établir la réalité et la stabilité de sa vie commune avec sa conjointe. D'autre part, il ne justifie pas, en particulier par les pièces du dossier consistant en deux factures d'électricité pour un logement situé 13 square Surcouf, à Grigny (Essonne), en octobre et novembre 2022, trois factures téléphoniques de mai, juin et juillet 2024, adressées au 1 rue Lavoisier, à Grigny, des factures de pharmacie à partir de mars 2024 au 27 avenue des Sablons, à Grigny, trois versements ponctuels d'argent à sa compagne en juillet et août 2024 ainsi que trois ordonnances visant ses deux enfants, en mars, mai et août 2024, de sa contribution réelle et effective aux charges du foyer, ainsi qu'à l'éducation et l'entretien de ses enfants, fût-ce à hauteur de ses moyens. En outre, à supposer même la vie commune établie, le requérant ne soutient pas que la cellule familiale comprenant son épouse, née en Côte d'Ivoire ainsi qu'il ressort des actes de naissance de leurs enfants, et leurs deux enfants mineurs ne pourrait pas se reconstituer au Burkina-Faso, étant observé qu'il ne soutient pas qu'aucun des membres de sa famille serait ressortissant français ou disposerait d'un droit au séjour. Par ailleurs, s'il déclare travailler, il ne se prévaut, ni ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale sur le territoire français. Enfin, il n'établit pas être dénué d'attaches dans son pays d'origine, le Burkina-Faso, où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Eu égard à l'absence de preuves suffisantes d'une participation réelle et effective de M. C à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ces derniers, tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; 3° Ou à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. C, dont la demande d'admission au séjour au titre de l'asile a déjà été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, n'apporte aucun élément permettant d'établir les risques pour sa vie qu'il allègue encourir en cas de retour au Burkina Faso. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 août 2024 de la préfète de l'Essonne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
Mme Marc, première conseillère,
M. Hecht, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Hecht
Le président,
signé
P. Ouardes
Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026