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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407456

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407456

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKHALLOUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, M. A C, représenté par Me Khallouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être renvoyé en cas d'éloignement d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du présent jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

-l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

-il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen sérieux et complet de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

-elle méconnaît son droit d'être entendu ;

-elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait obtenir un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1, L.421-5 et L.421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

-elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a transmis des pièces complémentaires enregistrées le 5 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, en présence de M. Rion, greffier d'audience :

- le rapport de M. Hecht, premier conseiller,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 25 décembre 2000, est entré en France le 5 novembre 2022 selon ses déclarations, par l'entremise d'une carte de résident temporaire ukrainienne valable du 27 septembre 2019 au 27 juillet 2023. Par un arrêté du 27 août 2024, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être renvoyé en cas d'éloignement d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même et donc accessible à tous. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune dispositions législative ou réglementaire que l'administration ait l'obligation de mentionner l'arrêté initial de délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C dont les éléments sur lesquels le préfet des Yvelines s'est fondé pour refuser de l'admettre au séjour et l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

5. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 27 août 2024, qu'il a été interrogé par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. En outre, il ne précise pas quelles seraient les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il n'aurait pas pu porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 435-1, L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant, la décision querellée ne portant pas refus de délivrance d'un titre de séjour, étant observé que le requérant n'allègue pas avoir sollicité la délivrance d'un tel titre.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Le requérant se prévaut d'une entrée en France le 5 novembre 2022, d'une attestation d'inscription à l'université Sorbonne Nouvelle au sein du " Diplôme universitaire Passerelle ", d'avoir travaillé depuis novembre 2023 en qualité d'employé polyvalent pour la société Guernes Market, avec laquelle il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 3 mai 2024. Cependant, de telles circonstances ni cette attestation d'inscription universitaire, au demeurant sans que le requérant n'allègue avoir suivi cet enseignement, ni l'activité professionnelle exercée pendant 10 mois, au demeurant sans autorisation de séjour ni de travail, ne sauraient suffire à traduire son insertion suffisante au sein de la société française. En outre, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de son audition suite à son interpellation par les services de police du 27 août 2024, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le Maroc, qu'il a quitté en 2019 et où résident au moins son père et son frère. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 juin 2023. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, eu égard aux développements précédents, que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. C.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2024 par laquelle le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise le 15 juin 2023, ainsi qu'il a été dit. Par suite, le préfet des Yvelines a pu légalement, pour ces motifs, estimer que le risque de fuite était établi et refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision interdisant son retour sur le territoire français.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, que M. C, qui allègue être arrivé sur le territoire français il y a deux ans, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire français. Il a également déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée le 15 juin 2023 par le préfet des Yvelines, à laquelle il s'est soustrait. Les circonstances dont se prévaut le requérant ne présentent donc pas un caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Hecht, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Hecht

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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