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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407462

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407462

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrée le 29 août 2024 et le 14 novembre 2024, M. D C, représenté par Me Béchieau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'arrête est entaché d'un vice d'incompétence ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ;

- les décisions violent le droit d'être informé préalablement et de présenter des observations ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il est toujours dans l'attente d'une convocation par la préfecture des Yvelines afin de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison des mêmes moyens que ceux soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison des mêmes moyens que ceux soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison des mêmes moyens que ceux soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 en présence de M. Rion, greffier d'audience :

- le rapport de M. Ouardes, président ;

- et les observations de Me Paya substituant Me Béchieau, représentant le requérant,

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré a été produite pour M. C le 18 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant malien né le 5 mars 1996, est entré en France en 2018, selon ses déclarations. A la suite d'un contrôle d'identité, il s'est vu notifier, par un arrêté du 6 août 2024, pris sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par arrêté n° 154 du 22 décembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, délégation de signature est donnée à Patrick Calvez, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai d'un départ volontaire, toutes décision fixant le pays de destination, toute interdiction de retour sur le territoire français prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile . En cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, délégation de signature est donnée à Mme E F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration pour les mêmes matières et en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, délégation de signature est donnée à Mme A B, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Le requérant n'établissant pas que les autres délégataires n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, l'interdire de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 6 août 2024, qu'il a été interrogé par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. En outre il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C établit avoir entrepris des démarches pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié auprès des services de la préfecture depuis le 24 novembre 2023. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il aurait été titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation provisoire de séjour à la date de l'arrêté attaqué. M. C ne justifie, en outre, pas avoir droit de plein-droit à la délivrance d'un titre de séjour faisant obstacle à son éloignement. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas effectué un examen suffisamment approfondi de la situation de M. C et aurait, en conséquence, entaché l'arrêté attaqué d'erreur de fait.

8. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui se prévaut de sa présence en France depuis 2018, justifie avoir travaillé en intérim depuis septembre 2021. Toutefois, si ces éléments démontrent une volonté d'insertion par le travail du requérant, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l'intensité et la stabilité des liens personnels et familiaux que M. C, qui se déclare célibataire et sans charge de famille, entretient en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français, prononcée à son encontre le 22 février 2021. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs énoncés aux points 7 et 9, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. C déclare " reprendre " à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs énoncés aux points 7 et 9, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. C déclare " reprendre " à l'encontre de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, doivent être écartés.

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ; ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".

15. Pour refuser d'assortir la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C d'un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure éloignement prise le 22 février 2021 par le préfet des Hauts-de-Seine. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs énoncés aux points 7 et 9, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. C déclare " reprendre " à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doivent être écartés.

18. Enfin, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation du préfet du Val-d'Oise du 6 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Hecht, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P. Ouardes

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Marc Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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