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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407492

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407492

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantBENANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. A C, représenté par Me Benane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°24 780 791 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner en France pendant une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté n° n°24 780 181 du même jour par lequel le préfet des Yvelines l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans un délai de huit jours et d'en démontrer l'exécution en informant le tribunal de céans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés contestés :

-les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;

-son droit d'être entendu, prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

En ce qui concerne l'arrêté n°24 780 791 portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

Sur les moyens communs :

-les décisions sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

-le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :

-dès lors qu'il a conclu un contrat à durée indéterminée à temps plein le 7 juin 2023, un contrat de bail à son nom depuis le mois de novembre suivant et que son oncle est présent en France, c'est à tort que le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

En ce qui concerne l'arrêté n° 24 780 181 portant assignation à résidence :

-il est insuffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen sérieux.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, représenté par Me Doucet, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 9 septembre 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2024 à 13h30, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de M. Ouardes ;

- M. C n'était ni présent ni représenté ;

- les observations de Me Doucet, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 21 février 2001, est entré en France le 21 janvier 2022 selon ses déclarations. Par un premier arrêté en date du 23 août 2024, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet des Yvelines l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, les deux arrêtés attaqués du 23 août 2024 ont été signés par M. D B, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

4. Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant, qui se borne à soutenir qu'il n'a pas pu présenter des observations préalables, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et d'assignation à résidence attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et, en tout état de cause, des stipulations de l'article 41 de la charte susvisée, ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°24 780 791 :

En ce qui concerne les moyens communs :

5. Les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, particulièrement au regard de sa situation professionnelle, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

7. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. C, le préfet des Yvelines, au visa des dispositions précitées, a relevé que celui-ci ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France, qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis cette entrée et qu'il avait explicitement déclaré ne pas envisager de retour en Algérie. En se bornant à indiquer que le préfet n'a pas pris en compte sa situation professionnelle et personnelle dans la mesure où il dispose d'un logement fixe depuis le 6 novembre 2023, que son oncle réside en France et qu'il travaille sur la base d'un contrat à durée indéterminé depuis le 7 juin 2023, M. C ne remet pas sérieusement en cause la matérialité des constats opérés par l'autorité compétente et sur lesquels elle a pu, sans inexacte application des dispositions précitées, se fonder pour édicter le refus de délai de départ volontaire en litige. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins d'admission dans le système d'information Schengen :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

10. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 7, le requérant n'établit pas disposer en France d'attaches familiales et personnelles particulièrement anciennes, intenses et stables. Par ailleurs, en l'absence de toute circonstance humanitaire et compte tenu notamment de ce que l'intéressé a déjà fait l'objet, par un arrêté du préfet des Yvelines du 1er juin 2022, d'une précédente obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°24 780 181 :

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet peut prendre à l'encontre d'un étranger qui fait l'objet d'une décision d'éloignement et qui présente des garanties propres à prévenir le risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement, une mesure d'assignation à résidence.

13. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet des Yvelines a assigné M. C à résidence pour une durée de quarante-cinq jours comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

14. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet des Yvelines ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifiée à M. A C et au préfet des Yvelines

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Ouardes Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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